dimanche 4 septembre 2011

Le viol psychique des foules par la manipulation neurolinguistique et la propagande


"Même les paranoïaques ont des ennemis."
Oscar WILDE

Le viol psychique des foules par la programmation neurolinguistique et la propagande.

D’emblée, il est remarquer que les techniques utilisées par les Sectes contemporaines empruntent, toutes, aux méthodes analogues et employées par leurs ancêtres. Tactiques manipulatoires, amplifiées par les récentes découvertes dans les domaines de la Psychologie appliquée et la Psychiatrie. Un bon violeur psychique doit donc être, à la fois, un psychologue, un politicien et un bandit pour réussir dans ses œuvres perverses. Nous pourrons le constater, notamment, avec le médecin Luc JOURET, haut dignitaire de l’O. T. S., et qui possédait des connaissances de cet ordre. Shoko ASHAHARA utilisait, aussi, la technique des électrochocs pour réduire ses adeptes. Nous étudierons, plus loin, leurs manoeuvres.

Comment entre-t-on dans une secte, adulte ?

Personne n’entre dans une secte, en toute connaissance de cause, à moins qu'elle soit motivée par l'entrisme ou la curiosité. Une secte se cache derrière des alibis. Le recruteur, ce peut-être une femme, doit d’abord établir une relation avec l’interlocuteur. Il, ou elle, procèdera selon le « feeling » et baratinera l’autre. Le boniment est un verbiage qui a pour but d’endormir la méfiance de la personne que l’on veut séduire. Il s’agit de tactiques émotionnelles et irrationnelles. Il faut subjuguer la Raison.

Lorsqu’un contact entre deux êtres s’établit, il y a toujours une décharge d’endorphines à un moment ou à un autre ; sauf dans le cas d’une agression ou de traumatismes où l'adrénaline intervient. Souvent, il suffit de dire à l’autre : « Je vous comprends », pour que le processus démarre. Le "camelot" doit être un Ecoutant, faire parler l'interlocuteur et répéter, sans cesse : « Bien sûr ! » Le tout avec l’air de fusionner avec la "victime". Surtout ne pas la contredire ; il convient de banaliser les points cruciaux et amener la discussion sur le terrain qu’il a choisi. Le paternalisme est de rigueur en infantilisant la personne. En général, le représentant d’une Secte s’adressera à une femme, si c’est un homme ; et inversement une femme avec un homme. Entre deux individus de sexes opposés, il y a toujours une relation spécifique, inconsciente. Si l’un ou l’une est hormonal(e), l' "évangélisateur" agira différemment qu’avec une personne narcissique. Tout cela est bien connu et n’est pas un secret. Certains utilisent des techniques hypnotiques, masquées. Arrivé à un stade d’hypnose larvée, le "vendeur – la vendeuse" – proposera d’assister à une réunion d’information ; sans conséquence aucune, rassurera-t-on. C’est alors que la nasse se refermera.

Tout individu, au sein d’un groupe sectaire, est d’abord isolé ; puis il plonge dans l’égrégore qui s’est formé et son raisonnement tombe au niveau d’un gamin de 9 ans. Par mimétisme inconscient, il sombre dans un état de transe hypnotique bien connu des psychologues. Les arguments, fallacieux, présentés par les divers intervenants, pénètrent dans l’inconscient comme des cailloux dans un lac. La victime tombe à l'image d'un fruit mûr. Les intervenants, de la Secte, endoctrinent perfidement leurs victimes. Ils leur proposent de vivre une fraternité dans un groupe religieux, ou politique, ou initiatique ou de thérapie. Les sectes avancent masquées, derrière le yoga, certaines Organisations dites « initiatiques », religieuses, et cœtera. Une arme terrible : l’amour de séduction, des Rituels et Rituélies à vocation hypnotique par intrusion dans l'Inconscient.

La rencontre avec une secte est comme une histoire d’amour : il y a d’abord l’éblouissement, la chaleur ; le bonheur, l’émotion viennent effacer les problèmes, donner un sens à la vie. L’hypnotiseur, au service de la secte, va exalter des attitudes de compensation ; il parlera de servir un idéal... Plus tard, les néophytes pourront s’aveugler au point de tuer, suivre un Gourou jusqu’à la mort. Engrenage implacable qui broie.

Les personnes solitaires sont matraquées par l’amour superficiel, émotionnel. On leur répète :

 « Vous avez une valeur lumineuse, nous le savons ; les autres pas. »

La secte devient une mère protectrice contre le monde méchant. La fragilité est propice. Le besoin de compensation des échecs, dans l’existence, rend attentif aux flatteries :

« Vous êtes si intelligent(e), si talentueux(se). La vie que vous menez cache la lumière que vous êtes. Vous n’étiez point né(e) pour une petitesse irrévocable. Une destinée plus grande vous attend. On a besoin de vous. »

Le fait de se sentir valorisé, connu, reconnu, important est une exigence fondamentale de l’Être humain. La secte donne cette sensation de satisfaction et la "victime" devient incapable de s’en passer ; l'Organisation sectaire est devenue une Drogue. Il s’agit d'un toxique subjectif qui exploite les émotions. Le miroir aux alouettes fonctionne. On est heureux dans la secte, comme au monastère, dans un couvent ou un régiment.

La secte est présentée comme une famille de substitution, un groupe de réconfort. Il y a un prix à payer :

a) Courbettes devant le gourou.
b) Des prières, litanies, rituels, et cœtera.
c) Le travail bénévole, non rémunéré, ni légalisé.
d) Dépendance totale au profit du gourou et ses séides.

C’est le coût d’une psychothérapie au quotidien, une forme d’accueil familial, à chaque instant. Elle est censée apporter le bonheur et un sens à l’existence.

Une fois le poisson ferré, le Maître de la Secte doit conclure son recrutement de la manière appropriée à ses desseins. Il convainc le nouvel adepte de lutter contre les forces du mal, qu'il définit selon des critères pervers pour répondre aux desseins de son Organisation, et sauver l’humanité. Idéal excitant et stimulant puisqu'on supprime l'effort de réflexion et qu'un "prêt à penser" est offert. Fiction et réalité se mélangent. Par pureté intérieure rayonnante ! Puis s'installent des comportements induits : dons financiers et abandon spirituel ; sensation d'appartenir à une élite. L'accent est mis sur l’importance d'une  mission salvatrice du monde à accomplir. Le piège est en train de se refermer sur l’adepte.

Grosso modo, il existe 3 étapes pour conditionner un individu :
 
a) Le séduire d’abord, l’amener à accepter les idées, l’idéologie, vendues par le clan.
b) Détruire le vieil homme, l’ancienne personnalité, la personne qui existait avant son entrée dans la coterie.
c) Casser sa personnalité, sa personne sociale, le déstructurer, briser ses liens familiaux et sociaux, professionnels, et cœtera.
 
Après il faut le reconstruire sur le modèle sectaire, selon les nouvelles règles de fonctionnement, sociales, les nouvelles lois ; tout ce qui va constituer la recrue. Il n'y aura pas de congé, le sommeil sera rompu par des prières ou séances de méditation. Les travaux seront forcés.
 
Le manque de sommeil a de redoutables effets :

1. Troubles de l’humeur.
2. Suggestibilité.

Dans les camps de concentration, nazis, staliniens, le réveil était tôt ; il entraînaît un manque de combativité, l’obéissance absolue, l’épuisement, l’isolement. La Communauté est un référent grégaire, gourou.

Les longues litanies, de groupe, ou de réunions avec interdiction de bouger, empêchent l’exonération urinaire ; les conséquences sont l’afflux d’urée au cerveau, provoquant ainsi une torpeur par intoxication. Les suggestions passent, ainsi, directement dans l’inconscient. Les courriers sont censurés, le téléphone est surveillé. La famille est d’abord attirée puis détruite. Il faut casser les familles. Les mariages sont forcés, ainsi que les divorces. Les pressions psychologiques deviennent plus fortes avec les jours ; les conditions de vie de plus en plus dures. C’est un processus graduel de plusieurs mois et années. A chaque jour, la secte enfonce chacun et chacune un peu plus. Aujourd’hui n’est guère différent d’hier mais c’est très distinct de ce que l’on a fait il y a un mois. Toutefois on ne s’en aperçoit pas parce que, à chaque pas, la différence est minime.

Au bout d’un à deux mois de résistance l’adepte n’est plus qu’un numéro dans la masse ; il est devenu une autre personne. Salut à toi, homme nouveau, racheté, déchiré et reconstruit !... Le lavage de cerveau est efficace.

On retrouve ces procédés dans toutes les religions du monde. Ainsi, dans certains monastères, les moines et moinesses font vœu de pauvreté, de chasteté, d’obéissance et de travail. Ils et elles apportent leur dot à la Communauté ainsi que leurs éventuels héritages. Astreints à de rudes labeurs, des ascèses drastiques, ces Religieux reproduisent exactement les processus ci-dessus analysés.

Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil.


 

Quatre gourous ayant mené au suicide, à la violence et la mort.

1) A Jonestown (U. S. A.), le 18 novembre 1978, 923 morts (enfants, vieillards, et cœtera) ; ils obéissaient à Jim JONES – gourou de la secte « Le Temple du Peuple ». Pour lui, la fin justifiait les moyens injustes et inéquitables. Seul comptait le but à atteindre. Tous ont été exécutés au poison.

 2)  David KORESH – secte les Davidiens – 74 morts en avril 1993. Au Mont Carmel, à Waco en 1991, à l’arrivée de Jim JONES, tout l’argent allait dans la propriété commune.

 3)  Shoko ASHAHARA – secte Aum Vérité suprême. En mars 1995, à Tokyo (Japon), attentat au gaz sarin dans le métro – 12 morts et 5.000 blessés. Il déclare être le leader du groupe bouddhiste qui transmet fidèlement les enseignements du bouddhisme et du yoga primitif. Après 8 ans de pratique sévère dans les Himalayas il a atteint l’Éveil suprême... Le Dalaï Lama en personne a confirmé son état supérieur de pratique et de conscience. Ben voyons !

Plus c’est gros et plus cela passe : par exemple ASHAHARA en plein vol ! Il lévite si l'on croit la rumeur. Plus de 300 adeptes ont vaincu la gravité et volent... Mais ASHAHARA refuse toute démonstration ! Il vole seulement en intimité !...

Le discours est clair. Il faut payer afin d’avancer et avoir des grades. Il affirme, de façon perverse :

« Le fait de donner votre argent et vos biens est nécessaire pour purifier votre karma. Il n’existe pas d’autre moyen de vous purifier. »

Une adepte dit :

« A chaque fois que le Maître reçoit de l’argent, son cher visage s’assombrit car il doit dissoudre le mauvais karma de cet argent. Il nous débarrasse d’une charge terrible. A chaque fois je le constate. Ah, vraiment, cela doit être tellement dur pour le Maître. »

Le montant des offrandes correspondait à la taille des vertus accumulées. Plus vous donniez, plus vous montiez en grade. Pour quel résultat ? Les adeptes de base donnaient le maximum. Plus d’argent, plus de grades.

Certains ont perdu plusieurs dizaines de milliers de yens. ASHAHARA vendait des parties de son corps :

- 3 cheveux pour 3.000 yens.
- 1 litre d’eau de son bain pour 60.000 yens.

Au début, incitation à donner ; puis, plus tard, plus de choix, c’est une obligation.

Un certain NORI avait vendu la maison de sa mère devenue gênante pour la Secte AUM. Comme elle s’y refusait, 10 personnes  investirent la bâtisse. Sa mère s'était débattue et 4 personnes la maîtrisèrent. Ils l'emmenèrent dans une camionnette, vers la secte, pour la faire signer de force un acte de vente.

Derrière ASHAHARA il y avait les Yakusas – mafieux nippons. Il était un gourou technologique, utilisant un casque électrique pour fabriquer des hommes robots. Des courants électriques étaient déchargés dans le cerveau pour altérer la personnalité, augmenter la suggestibilité. Obéissance aveugle, dévotion absolue, endoctrinement total. La soumission au gourou était obligatoire. La désobéissance égalait trahison, punition, destruction. Les Gens à problèmes étaient frappés de punitions, d'enfermement dans une cellule pendant 40 jours. Outre les Conditionnements multiformes,  la surveillance et la répression, les adeptes sombraient dans une spirale infernale.

Pourquoi ne pas fuir ? Les murs sont trop hauts, les barreaux dans la tête trop épais.

4) Joseph DI MEMBRO, Ordre du Temple Solaire. Transit vers Cherry (Suisse) en octobre 1994 – 53 morts. De grands idéaux, atmosphère chaleureuse et motivante. Gourous capables de répondre à toutes les questions. Le docteur Luc JOURET y excellait. Reine de ruche, il affirmait péremptoirement :

« Le cours des choses, en ce terrestre monde, risque de nous emporter dans une vague de non-retour. C’est là où les hommes ne sont pas égaux devant la création. N’y aurait-il pas une différence entre des Hommes et peut-être des gens qui ont quelque chose de plus ? »
 

Évidement, ceux qui ont quelque chose de plus sont les adeptes. Pour les isoler du monde, on leur fait croire qu’ils sont différents des autres, qu’ils appartiennent à cette élite de l’humanité, seule capable d’accéder à la Vérité Suprême. L’élitisme est une ivresse à laquelle il est bien difficile de résister. Groupe d’élus. Élus d’un Ordre nouveau. La secte fonctionne en répétant que vous êtes les meilleurs ; à l’extérieur, ce sont des crétins qui n’ont rien compris. Vous avez la vérité révélée ; à l’extérieur ils sont dans l’obscurité ; vous êtes les plus forts, dehors ils sont dans les ténèbres et faibles. Vous, vous êtes dans la lumière ! Eux, non. L’ego est flatté de se considérer supérieur aux autres, différents d’eux, d’avoir accès à des révélations auxquelles le commun des mortels n’aurait jamais accès. Tout cela provoque une surestimation du Moi, de l’ego qui s’enflamme, un Sur Moi répressif et censeur. Cette manipulation rend dépendant de ces individus là qui flattent.

Trucages pour apparition du Graal et de Melchisédech. Utilisation d’hologrammes.

Joseph DI MEMBRO mit enceinte une de ses adeptes et annonça la venue du futur messie. Il truquait ses rituels de magie cérémonielle, avec une épée comportant un fil électrique projetant une lumière rouge pour accréditer l’apparition de Melchisédech, du Graal et de l’Immaculée conception. L’enfant Emmanuelle, née du divin esprit échappé de l’épée truquée, grandira dans la dévotion des adeptes. Douter, c’était être rejeté du groupe.

Luc JOURET disait :

« Et, là, il faut faire le sacrifice de sa vie. Il ne s’agit plus de prévoir ses vacances, le pognon que l’on va laisser à ses enfants ; tout cela est terminé. »

Il aimait à dire :

« L’amour ne compte pas ; l’amour donne tout en sachant que l’on ne manquera jamais de rien ! »

Et les adeptes casquaient. Certains ruinèrent leur famille, leur couple conjugal. D’autres se suicidèrent.

Derrière l’O. T. S. il y avait les barbouzes de certains Services secrets… Sont-ils partis sur l'étoile Sirius, comme les dirigeants de la secte le leur avaient promis ?

Vérité interdite ! « Le premier, qui dira la Vérité, sera exécuté ! » (Guy BEART).

Fuyons…

samedi 3 septembre 2011

Le discours de KRISHNAMURTI (Le discours) - 3° partie




LE DISCOURS
(En "bleu", les arguments de KRISHNAMURTI ; en "noir" les commentaires de MENTOR)

« La bienveillance envers tous les Êtres est la vraie religion »
 
BUDDHACARITA
  
« Ce matin, nous allons discuter la dissolution de l'Ordre de l'Étoile. Beaucoup vont être contents, d'autres en seront affligés. Mais il ne s'agit pas ici de joie ni de tristesse, puisque cette dissolution est inévitable, comme je vais vous le démontrer. »
  
« Peut-être vous souvenez-vous de cette histoire du DIABLE et de son ami. Ils marchaient le long d’un chemin ; ils aperçurent un Homme qui se baissait pour ramasser quelque chose et la mettre dans la poche. L'ami interrogea le DIABLE : "Qu'est-ce que cet Homme vient de ramasser ?" "Un petit bout de Vérité", répondit le DIABLE. "Mauvaise affaire pour vous", remarqua l'ami. "Pas du tout", répliqua le DIABLE, "car je le lui laisserai organiser". »
 
« La Vérité est un pays sans chemin, que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit ; aucune religion, aucune secte. Tel est mon point de vue et je le maintiens d'une façon absolue et inconditionnelle, inapprochable par quelque sentier que ce soit, la Vérité ne peut pas être organisée. On ne devrait donc pas créer des organisations qui incitent les Hommes à suivre un chemin particulier. Si vous comprenez bien cela dés le début, vous verrez à quel point il est impossible d'organiser une croyance. Une croyance est une question purement individuelle, et vous ne pouvez ni ne devez l'organiser. Si on le fait, elle devient une religion, une secte, une chose cristallisée, morte, que l'on impose à d'autres. C'est tout ce que tout le monde essaie de faire. La Vérité est ainsi rétrécie et transformée en un jouet pour ceux qui sont faibles, pour ceux dont le mécontentement n'est que momentané. La Vérité ne peut pas être rabaissée au niveau de l'individu, mais c'est bien l'individu qui doit faire l'effort de s'élever jusqu'à elle. On ne peut amener dans la vallée le sommet d'une montagne. Si on veut l'atteindre, il faut prendre par la vallée, grimper les pentes raides, sans craindre le danger des précipices. Il faut monter vers la Vérité ; elle ne peut pas être abaissée vers vous, organisée pour vous. Si c'est par son organisation qu'une idée vous a intéressé(e), cela prouve que l'intérêt n'était ici qu'extérieur. L'intérêt qui ne naît pas de l'amour pour la Vérité est sans valeur. L'organisation devient un cadre pour la commodité des membres qui s'y insèrent. Ils ne s'efforcent plus vers la Vérité, vers le sommet de la montagne, mais ils se creusent une niche confortable dans laquelle ils se placent, ou se font placer, pensant qu'ainsi l'organisation les conduira à la Vérité. »
 
La Vérité, dont disserte KRISHNAMURTI, n'est pas un acquis intellectuel, scientifique, ou professionnel : elle n'est pas, non plus, l'opinion que l'on a sur telle chose ou, plus globalement, le fruit de l'expérience sensorielle. Plus universellement, il s'agit de la conséquence du dépouillement du mental, au profit d'une réalité supérieure : un état d'être.
 
Au-delà des concepts d'immanence et de transcendance, la Vérité est l'inconnaissable, l'éternel : il s'agit de l'état particulier de la conscience individuelle totalement achevée et éveillée. Cet état d'être, ineffable, a pu être formulé par le mot DIEU dans le sens de l'Universel gîté à l'intérieur de tout être vivant.., ou mort. Mais aucun mot ne peut définir une expérience ontologique, pure, par le fait même de sa nature, incompatible avec les règles de la sémantique et de la sémiologie en ce domaine.
 
Les preuves sont multiples, bien qu'aveuglantes ; d'où la cécité du plus grand nombre que la lumière éblouit par trop d'intensité. Les religions sont, restent toujours, le pire instrument de violence multiforme que la planète ait connu. Aucune "personne humaine" n'y résiste.
 
La Vérité n'a pas de chemin ; si elle en avait eu, on le saurait et la planète connaîtrait l'âge d'or tant rêvé, sans guerre, ni exploitation, ni maladie, ni la mort. Le sommet peut être atteint par tous les versants possibles. Pour l'être l'ayant atteint et qui a une vue panoramique du volume (comme pour une pyramide par exemple), la multitude des alpinistes s'en approche, bien qu'occupant des plans différents (la face ouest, nord, est, sud, et cœtera). A la grande différence, cependant, que chaque grimpeur ne voit pas les autres faces et s'identifie donc à la sienne propre, comme étant la seule réelle. Les conséquences de cette vision dichotomique sont les guerres, conflits internes, idéologies ayant les mêmes buts mais qui se combattent en une lutte fratricide, insensée. N'ayant aucun chemin, la Vérité peut être atteinte librement.
    

« Voilà la première raison, pour laquelle, à mon point de vue, l'Ordre de l'Étoile doit être dissout. Malgré quoi, vous allez probablement fonder quelque autre Ordre, vous continuerez à appartenir à d'autres organisations qui cherchent la Vérité. En ce qui me concerne, je ne veux appartenir à aucune organisation. Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas, ici, des organisations matérielles, mécaniques, qui sont utiles, et même indispensables comme, par exemple, si je prends un train pour mener à Londres, ou si j'emploie la poste ou le télégraphe. Toutes ces choses ne sont que des machines, elles n'ont absolument rien à voir avec la spiritualité. Je le répète, aucune organisation ne peut conduire les Hommes à la vie spirituelle. »
  
Une organisation de la Vérité est une aberration dans la mesure où il y a cristallisation d'un versant de la connaissance, au détriment de l'infini des autres, complémentaires. Les religions et sectes privilégient un aspect de la Vérité, un morceau de savoir et l'érigent en référent absolu, la seule norme reconnaissable. Au nom de ce dogme, les tenants de la théorie idéologique vont créer un sur-moi répressif des différences ; en effet, transformé en faux savoir, parce que limité à un moment historique de la pensée, un secteur de la connaissance sera accaparé par une caste privilégiée sur lequel elle appuiera un pouvoir personnel. Ceux qui penseront différemment seront punis, exclus, rejetés et réprimés. Un jugement de valeur sera émis en fonction d'une échelle d'évaluation toute subjective, car reposant sur des fondements irrationnels. On aboutit enfin à la répression des opposants et insoumis ; ce sera l'inquisition, la croisade. L'hiver de la pensée et du sentiment enfin.
 
« Si l'on crée une organisation dans ce but, elle devient vite une béquille, une entrave qui mutile l'individu et l'empêche de grandir, d'établir sa personnalité unique, laquelle réside dans la découverte, pour soi-même, de cette Vérité absolue, inconditionnée. Telle est la seconde raison pour laquelle j'ai décidé, puisque je me trouve être le chef de l'Ordre, de le dissoudre. Personne n'a pesé sur ma décision. »
 
Les humains ont besoin de cerceaux et de béquilles idéologiques, tant qu'ils sont des bébés vagissants, babillants et souillant leurs couches de caca. A vouloir les en libérer trop tôt, c'est les condamner à mort. Il en est de même pour le mental tant qu'il n'est pas adulte, c'est à dire qu'il reste incapable de penser par lui-même. Toutefois, il y a un danger énorme de maintenir ces outils dés lors que l'Être est assez robuste pour s'en libérer et marcher tout seul. Si la coutume, la culture ou bien l'oppression maintiennent de force des objets devenus des carcans, des entraves, la personne s'étiole, devient monstrueuse et meurt ; à moins que, sous un sursaut vital, la conscience s'éveille et jette au feu de la discrimination un attirail doctrinal et théorique, mortifère, qui entravait son existence d'être libre.
 
« Il n'y a rien de tellement extraordinaire puisque je ne veux pas de disciples. Dés le moment que l'on suit quelqu'un, on cesse de suivre la Vérité. »
 
Suivre un modèle c'est vouloir attraper une ombre ; celle de soi-même. En effet, l'imaginaire projette sur l'exemple son mode de représentation et ce sera l'image de son propre mental qui sera prise pour la Vérité. De plus, l'autre sera tenté d'être freiné dans sa propre évolution, conforté par l'idée présomptueuse d'une quelconque supériorité qui lui serait reconnue. Ce sera vite renouveler la fable de l'aveugle et du paralytique.
 
« Je ne me préoccupe pas de savoir le cas que vous faites de ce que je dis. Je veux faire une certaine chose dans le monde, et je la ferai avec une invariable fixité de concentration. Je ne veux m'occuper que d'une seule chose essentielle : libérer l'Homme. Le libérer de toutes les cages, de toutes les craintes, et non pas au contraire fonder de religion , ni de secte, ni proposer de nouvelles théories philosophiques. »
 
Les gens ont des oreilles mais ils n'entendent pas ; ils ont des yeux mais ils ne voient pas, disait le penseur. Dire à quelqu'un qu'il dort, ce n'est pas forcément le réveiller s'il a envie de rester endormi. Si on insiste, il peut vouloir dévorer l'autre.
 
Beaucoup de Sages ont payé de leur vie leur volonté de ranimer les autres. L'un fut même crucifié ; d'autres furent massacrés, empoisonnés, déportés. Trop d'intérêts sont en jeu derrière l'exploitation des croyances ; une véritable maffia vit sur les dogmes, la dogmatique, et les religions ont beaucoup nourri de monde, sur le dos des croyants. Un tel marché de dupes rapporte gros ; encore de nos jours, des millions de prêtres et clercs de toute confession s'engraissent par l'exploitation de l'Homme pour son bien.
 
« Vous allez naturellement me demander pourquoi je parcours le monde entier en parlant. Je vais vous le dire. »
 
« Ce n'est pas pour être suivi, ce n'est point par le désir de me composer un groupe spécial de disciples choisis. Les Hommes aiment tellement à se distinguer de leurs semblables, fut-ce par les différences les plus absurdes ! Cette absurdité, je ne veux pas l'encourager. Je n'ai pas de disciples, je n'ai pas d'apôtres ; ni sur terre, ni dans le domaine de la spiritualité. »
 
La recherche de la différence découle d'un besoin de reconnaissance de soi-même, par l'entourage. On veut exister par l'affirmation de son ego. Tous les prétextes sont bons à cet égard ; même les sectes, partis politiques (qui ne sont pas forcément des partis d'en rire), et cœtera...

La spiritualité, et ce sera un comble, peut être considérée comme un facteur de différence, appréciable par l'ego. D'où la faillite de la majorité des quêtes spirituelles quand elles n'aboutissent qu'à l'inflammation de l'ego, à la surestimation du moi, au lieu de son dépouillement. JUNG l'avait démontré.
 
« Ce n'est pas, non plus, le désir de l'argent ni de la vie confortable qui me mène. Si je voulais avoir une telle vie, je n'irais pas dans des camps, ni dans des pays humides. Je parle en toute franchise, car je désire que ces choses soient établies, clairement, une fois pour toutes. Je ne veux pas continuer, d'année en année, des discussions enfantines. »
 
Certes, si KRISHNAMURTI avait voulu la vie facile il lui eut suffi de rester à la tête de l'Ordre de l'Étoile d'Orient, bien au chaud sur le coussin de l'adoration béate des bovidés. D'autres Indiens, faux yoguis mais vrais escrocs, n'eurent pas les mêmes scrupules ; quelques-uns roulèrent dans de splendides Roll Royce et brassèrent des milliards de dollars.
  
« Un journaliste, qui m'interrogeait, trouva extraordinaire de dissoudre une organisation composée de milliers et de milliers de membres. Il disait : « Que ferez-vous ensuite ? Comment vivrez-vous ? Vous n'aurez plus personne pour vous suivre ; on ne vous écoutera plus ». Eh bien ! Moi je vous dis : S'il n'y a que cinq personnes qui veuillent entendre, qui veuillent vivre, dont les visages soient tournés vers l'éternité, ce sera suffisant. A quoi cela sert-il d'avoir des milliers de personnes ne comprenant pas, définitivement embaumées dans leurs préjugés, ne voulant pas la chose neuve, originale, mais la voulant traduite, ramenée à la mesure de leur individualité stérile et stagnante ? Je vous parle avec une certaine violence, mais je vous prie de bien m'entendre ; ce n'est pas par manque de compassion. Si vous allez consulter un chirurgien, n'est-ce pas bonté de sa part de vous opérer, même s'il vous fait mal ? C'est ainsi que, si je vous parle sans détours, ce n'est point par manque d'amour, au contraire.»
 
Certes, le rôle de n'importe quel clergé est de vivre aux dépens des disciples, fidèles ou croyants, qu'il a dressés selon un conditionnement culturel, parfait. Cette réalité est admise dans le monde entier et le journaliste ne déroge pas à la mentalité commune, par sa question impertinente, qui reste très pertinente néanmoins.
 
Un clerc sans ouailles est comme un général sans armée. Que serait un Pape sans églises, ni cardinaux, ni prêtres, ni fidèles travaillant comme des abeilles laborieuses pendant qu'eux distillent la "bonne parole" ; du vent ! KRISHNAMURTI, imposé comme le Chef d'une nouvelle religion, démissionne ; donc "il crache dans la soupe". Sa marginalisation est ressentie comme suicidaire, sur le plan économique, par l'opinion. De quoi va donc vivre le protestataire ?
 
KRISHNAMURTI a déjà répondu à ce genre d'objection en filigrane de son argumentation. Il sous-entend qu'il quitte justement son organisation pour ne plus exploiter les croyances d'autrui à son profit. Par conséquent il travaillera comme tout le monde, selon ses compétences, potentielles ou acquises.
 
Puis, KRISHNAMURTI ramène le débat à ses justes dimensions. Le nombre lui importe peu car il ne confond pas quantité avec qualité. Ceux qui sont prêts le sont à leur heure et nul ne l'est avant que celle-ci n'ait sonné.
 
La plupart des humains dorment, abrités dans des croyances qui les sauvent de leur réalité ; réalité de leur personnalité stéréotypée, éphémère, mortelle, artificielle et montée de toutes pièces, derrière laquelle ils se protègent. Ils ne veulent surtout pas se voir en leur vérité nue ; ce serait une découverte mortelle et suicidaire. Aussi, rejettent-ils toute contradiction et toute image qui les renverraient à leur propre médiocrité et à leur indigence. D'où la violence dans leur refus de changer d'idée et d'opinion ; ils sont déjà morts.
 
« Comme je vous l'ai déjà dit, je n'ai qu'un but : rendre l'Homme libre, l'inciter à la liberté, l'aider à s'affranchir de toutes les limitations, car cela seulement lui donnera le bonheur éternel, la réalisation inconditionnée du SOI. »
 
« C'est précisément parce que je suis libre, inconditionné, intégral, parce que je suis la Vérité ; non point partielle, ni relative, mais entière, la Vérité qui est éternelle, c'est pour cela que je désire que ceux qui cherchent à me comprendre soient libres. Et non pas qu'ils me suivent, non pas qu'ils fassent de moi une cage qui deviendrait une religion, une secte. Ils devraient plutôt s'affranchir de toutes les craintes : de la crainte des religions, de la crainte du salut, de la crainte de la spiritualité, de la crainte de l'amour, de la crainte de la mort, de la crainte même de la vie. Comme un artiste qui peint un tableau parce que c'est son art qui est sa joie, son expression, sa gloire, son épanouissement, c'est ainsi que j'agis, et non pour obtenir quoi que ce soit de qui ce soit . »
 
KRISHNAMURTI donne la réponse à l'angoissante question posée par le Sphinx de GIZEH: "Que suis-je ?" à l'Homme qui passe sans le voir, dans le désert égyptien. Tu es pour te poser, justement, la question et, cela, personne ne peut le faire à ta place ; ni religion, ni dogme, ni secte, ni idéologie, ni philosophie. La clef te sera conférée par et avec ta liberté recouvrée, toute nue. Le SOI, universel, est la Vérité qui se dévoile toute seule, sans aide aucune de quiconque.
  
La seule aide acceptable reste dans la libération de la croyance en la possibilité d'être "sauvé" par quelqu'un d'autre que SOI. Le seul rôle que pourrait valablement jouer un "guide", sans tomber dans la pathologie, serait dans la dénonciation de tout guide différent du SOI. Voilà le vrai Guru... !
 
KRISHNAMURTI énonce une idée ambiguë, quand il avoue être la Vérité. Pour un judéo-chrétien, le risque est de comprendre cette formule à travers le prisme déformant du message du CHRIST qui affirmait la même image. Car les évangiles sont considérés comme un message verbal, la parole divine. Mais KRISHNAMURTI n'est pas le CHRIST et sa phrase est à resituer dans un contexte nouveau.
 
Selon KRISHNAMURTI, la réalisation du SOI est la Vérité concomitante de la Liberté totale dans la vie éternelle. Il s'agit d'un concept universel, au-delà des limites cosmiques. Être la Vérité, pour KRISHNAMURTI, c'est Être, totalement et librement !
 
Aucune confusion n'est possible sur la pureté du comportement de KRISHNAMURTI quand il ajoute qu'il ne veut pas qu'on le suive... Tout un programme faisant appel, moins à l'acuité intellectuelle, plus à l'intuition la plus profonde.
 
Les cages idéologiques, religieuses, enferment dans leurs dogmes mortifères de la pensée et du sentiment. Certes, d'aucuns peuvent objecter qu'une cage en or est différente d'une autre, en fer ; mais est-ce que c'est la nature du métal qui fait la cage, ou bien la chaîne ? Grave, très grave question. Les cages sont des prisons ; qu'on le veuille ou non ! On y est enfermé de son plein gré ou contre sa volonté ; par crainte de soi-même, ou bien de celle des autres à notre propre égard.
 

« Vous êtes habitués à l'autorité, ou à l'atmosphère de l'autorité ; vous attendez d'elle de vous faire accéder à la vie spirituelle. Vous croyez, vous espérez qu'un autre, par des pouvoirs extraordinaires, un miracle, va vous transporter dans la région de la liberté éternelle, qui est le bonheur. Toute votre conception de la vie est basée sur cette croyance. Voici trois ans que vous m'écoutez sans que, à part quelques exceptions, aucun changement se soit produit en vous. Analysez bien ce que je dis, avec un esprit critique, afin de comprendre pleinement, profondément. Lorsque vous demandez à une autorité de vous mener à la vie spirituelle, vous êtes automatiquement obligé de construire une organisation autour de cette autorité. Et par le fait même de cette organisation, vous voilà prisonnier comme dans une cage. »
 
L'autorité est liée à la supériorité, réelle ou supposée, reconnue ou invoquée par la personne qui en est la manifestation, et qui peut être physique ou morale, ou bien par l'entourage. Il y a celle de la multitude sur la minorité, celle du plus fort sur le plus faible, du plus savant sur l'ignorant, et cœtera... Elle peut être l'instrument de la domination et de l'exploitation la plus éhontée. KRISHNAMURTI est donc en décalage avec la coutume, en matière de religion, où l'autorité cléricale est absolue. Il est vrai que les religions et organisations confessionnelles sont des entreprises de conditionnement intellectuel et psychologique dans le plus pur style pavlovien.
  
« Si je parle avec cette franchise, pensez bien que je ne le fais point par dureté, ni par un excès d'ardeur dans la poursuite de mon but, mais parce que je veux que vous compreniez, car enfin c'est pour cela que vous êtes ici, et nous perdrions notre temps si je n'expliquais pas clairement, d'une façon décisive, mon point de vue. »
 

« Pendant dix-huit ans, vous avez tout préparé pour cet événement : la venue de l'Instructeur du monde. Pendant dix-huit ans, vous vous êtes organisés, vous avez attendu quelqu'un qui vienne apporter une nouvelle joie à votre esprit et à votre cœur, encourager et transformer votre existence, vous donner un autre entendement, vous élever à un plan supérieur de la vie, vous rendre libres enfin ; maintenant, voyez ce qui se passe ! Considérez, raisonnez avec vous-mêmes, cherchez si cette croyance vous a rendus différents, et je ne vous parle pas de cette différence, toute superficielle, qui consiste à porter des insignes ; détail tout à fait mesquin et absurde. »
 
La puérilité de la différence pour la différence, autrement dit du snobisme intellectuel sous le couvert d'une pseudo spiritualité, se traduit souvent par le port d'insignes. Les églises avec leurs différences, bien qu'elles parlent d'un DIEU unique, ont des avis divergents qui aboutissent à l'intolérance et à l'exclusion de la diversité. Ces comportements sont irrationnels.
 
« Cette croyance a-t-elle balayé en vous toutes les choses non essentielles de la vie ? Il n'y a ici qu'un critérium : de quelle façon êtes-vous plus libres, plus grands, plus dangereux à l'égard de toutes les sociétés basées sur tout ce qui est faux et non essentiel ? En quoi les membres de cette organisation de l'Étoile se sont-ils transformés ? »
 
Toute organisation est un moule dans lequel il convient de se couler. Devenus des bovidés, les croyants meuglent devant les orateurs qui dictent ce qu'il faut croire et ne pas croire. Dés qu'un système limite l'épanouissement de l'être, sous le prétexte d'une vérité pseudo divine, il y a une escroquerie morale, intellectuelle, rédhibitoire car cette attitude contredit sa vocation, d'elle-même.
 
« Comme je l'ai dit, vous avez tout préparé pour moi, pendant dix-huit ans. Il m'est égal que vous croyiez que je sois ou non l'Instructeur du monde. Cela est sans aucune importance. Comme membres de l'Ordre de l'Étoile, vous avez donné votre sympathie et votre énergie parce que vous admettiez que KRISHNAMURTI était l'Instructeur du monde, partiellement ou totalement ; totalement pour ceux qui cherchent en toute bonne foi, et partiellement pour ceux que satisfont leurs propres demi vérités. »
 
Les humains cherchent, presque toujours, le refuge auprès de quelqu'un qui leur dira ce qu'il faut faire ou ne pas faire, croire ou ne pas croire, et cœtera. Ils sont incapables, pour la plupart, de penser par eux-mêmes et il leur faut un mentor.
  
Cet infantilisme a été exploité, depuis toujours, par les gouvernants, dictateurs et chefs. Ainsi que le confiait certain Philosophe: « Nous sommes un peuple de débiles gouvernés par des semi débiles" ; le Général Charles DE GAULLE constatait : "Les Français sont un peuple de veaux" (sic) - traduisons "Un peuple de bovidés de la pensée et du sentiment" ; ce qui ne l'avait pas empêché d'exploiter cette particularité !
  
« Donc, vous avez tout préparé pendant dix-huit ans ; voyez cependant combien de difficultés se trouvent encore sur la voie de votre compréhension, combien de complications, combien de choses mesquines. Vos préjugés, vos craintes, vos autorités, vos églises, anciennes et nouvelles, toutes ces choses, je le maintiens, sont des obstacles à la compréhension. Je ne veux pas que vous acceptiez mon opinion, mais que vous me compreniez . »
 
Les religions exploitent les peurs ancestrales pour programmer les consciences selon les desseins d'un clergé.
 
« Cette compréhension est nécessaire parce que votre croyance n'a pas suffi pour vous transformer, mais qu'elle vous a seulement compliqués, et parce que vous n'êtes désireux d'envisager les choses telles qu'elles sont. Vous voulez avoir des dieux à vous, de nouveaux dieux au lieu des anciens, de nouvelles religions au lieu des anciennes, tous également sans valeur, tous des barrières, des limitations, des béquilles. Car vous en êtes là. Au lieu des anciennes différences spirituelles, vous en avez de nouvelles, de nouvelles formes d'adoration. Vous dépendez tous, pour votre vie spirituelle, de quelqu'un d'autre et, bien que vous ayez tout préparé pour moi pendant dix-huit ans, lorsque je viens vous dire qu'il faut rejeter tout cela et chercher en vous-mêmes l'illumination, la gloire, la purification, l'incorruptibilité du SOI, pas un de vous n'accepte de le faire. Ou du moins très peu, très peu. »
 
A la naissance, le bébé a besoin de cerceaux pour marcher. Si on les lui ôte trop tôt, il tombe à terre et se fait mal. Mais, lorsqu'il devient adulte, si on les lui maintient, ils entravent sa croissance. Il en est de même pour les croyances et dogmes, religieux ou politiques, dés lors qu'ils restent des béquilles que ne justifient ni l'âge, ni la condition humaine. Pour certains, ils sont indispensables car, toute leur existence durant, ils resteront de "grands enfants" ; pour les autres, ils seront des boulets qui les empêcheront d'avancer et il est alors urgent de les désentraver. Ce fut le travail de KRISHNAMURTI, notamment.
 
« Dans ces conditions, quel besoin d'organisation ? »
 
Certes, les organisations spirituelles sont bien des entreprises de conditionnement psychologique.
 
« Que ferais-je d'une suite de gens insincères, hypocrites, moi l'incorporation de la Vérité ? Encore une fois, je ne veux rien dire de dur ou de peu charitable, mais nous en sommes à un point où il faut regarder les choses en face. J'ai dit, l'année dernière, que je n'acceptais aucun compromis. Bien peu m'ont compris. Cette année, je ne laisse subsister aucun doute. Je ne sais pas combien de milliers de personnes à travers le monde, des membres de l'Ordre, ont tout préparé pour moi pendant dix-huit ans ; maintenant ils ne veulent pas écouter, sans réserves, ce que je dis. »
 

Là, KRISHNAMURTI dévoile et dénonce les contradictions chez les adhérents à la secte qu'il vient de dissoudre. D'une part, ils cherchent quelqu'un qui leur dicte leur comportement ; d'autre part, ils n'en veulent pas tout à fait. C'est assez hystérique, selon le principe du psychologue LACAN.
  
Tout à coup, puisque KRISHNAMURTI ne veut plus se faire l'écho de leurs fantasmes, les sectateurs ne veulent point l'accepter pour l' "incarnation de la Vérité", épithète qu'ils lui avaient imposé auparavant ! KRISHNAMURTI, avec un humour décapant, leur retourne leur discours mais il ne sera pas entendu. Il prêchera dans le désert de la bêtise.
 
« Alors, à quoi bon une organisation ? »
 
Toute organisation de la pensée et du sentiment s’avère une incongruité, un viol à l'échelle humaine.
 
« Je le répète, mon dessein est de faire des Hommes inconditionnellement libres, car je maintiens que la vie spirituelle consiste uniquement dans l'incorruptibilité du SOI, qui est éternel ; qu'elle est l'harmonie entre la raison et l'amour. Cela, c'est la Vérité absolue, inconditionnée, la Vérité qui est la vie elle-même. Je veux donc délivrer l'Homme et qu'il se réjouisse comme un oiseau dans le ciel clair, sans fardeau, indépendant, extatique au milieu de cette liberté. Et moi, pour qui vous avez tout préparé pendant ces dix-huit années, je vous dis qu'il faut vous affranchir de toutes ces choses, de toutes vos complications, de tous vos empêtrements. »
 
La liberté, les Hommes ne la veulent pas. Oh, quelle contre vérité que voilà ! Et pourtant. Si les Humains avaient voulu être libres, réellement, la terre serait devenue le paradis retrouvé, cher aux Philosophes. Car la liberté n'est pas un acquis mais un état d'être de la conscience totalement éveillée et achevée. Elle est ouverture par l'élargissement de la conscience dans un sens universel. Alors les frontières intérieures tombent ; ce qui est plus difficile que de faire chuter les limites extérieures.
 

« Et pour cela, vous n'avez nul besoin d'une organisation basée sur une croyance d'ordre spirituel. A quoi bon une organisation pour cinq ou dix personnes dans le monde, pour cinq ou dix personnes qui comprennent, qui luttent, qui ont rejeté toutes les mesquineries ? Et quant aux faibles, aucune organisation ne peut les aider à trouver la Vérité ; il faut qu'ils la trouvent en eux car elle n'est ni loin ni prés. Elle est éternellement là. »
  
Le problème est bien posé, une nouvelle fois. Les bovidés sont parqués, nourris, soignés et aimés pour être dévorés ensuite... Le paysan aime ses poules, certes ; mais c'est pour les manger. Les humains sont toujours exploités, pour leur bien (sic), et afin d'être mieux consommés par les autres.

"Faut-il réveiller les esclaves", interrogeait André MALRAUX. Poser la question, c'est y répondre.
 
« Encore une fois, aucune organisation ne peut nous rendre libres. Rien ni personne, du dehors, n'en est capable ; vous n'y parviendrez ni par un culte officiel, ni par l'immolation de vous-mêmes pour une cause quelconque, ni par l'accomplissement d'aucune œuvre. Vous employez une machine à écrire pour votre correspondance, mais il ne vous vient pas à l'esprit de la mettre sur un autel pour l'adorer. Eh bien, c'est cela que vous faites lorsqu'une organisation devient par elle-même votre principal centre d'intérêt. "Combien de membres contient votre ordre ?" Voilà la première question que me posent les reporters. "Combien de personnes vous suivent ?" "Par leur nombre nous jugerons si ce que vous dites est vrai ou faux". Je ne sais pas combien ils sont. Je ne m'occupe pas de cela. Comme je l'ai dit, s'il y avait un seul Homme délivré, ce serait assez. »
 
L'hypocrisie est de taille. Les meneurs se targuent de représenter un certain nombre d'adhérents, ou de victimes... et, en vertu d'une surenchère, réclament des pouvoirs personnels. Les élus ne sont ainsi jamais contrôlés par leurs électeurs.
 
L'orage ne peut venir que d'une minorité d'individus car la majorité ne souhaite que du "pain et des jeux" (sic), selon le principe de CÉSAR : "Panem et circemses". Détenir le pouvoir sur le rêve et l'économie est la clef de tout gouvernement scélérat.
 
« Vous gardez l'idée que seules certaines personnes détiennent la clef du royaume du bonheur. Mais personne ne la détient. Personne n'en a l'autorité. Cette clef se trouve dans votre propre SOI, et c'est seulement dans le développement, dans la purification et dans l'incorruptibilité de votre SOI, que réside le Royaume de l'Éternité. Ainsi vous verrez combien est absurde tout cet édifice que vous avez construit en cherchant une aide extérieure et faisant ainsi dépendre des autres ce confort, ce bonheur et cette force que vous ne pouvez trouver qu'en vous-mêmes. »
 
La liberté, comme la vérité, est intérieure. Elle ne saurait donc être enseignée.
 
« Donc, à quoi bon une organisation ? »
 
Une organisation n'est que la projection du désir de domination sur autrui, dés lors qu'elle dépasse son simple rôle de mécanisme matériel. Ainsi, les chemins de fer constituent un système indispensable dont les rouages doivent permettre un fonctionnement et une structure harmonieuses. Mais, en matière subjective, jamais l'Homme ne doit imposer aux autres ses idées. Car, même les questions matérielles se discutent et se négocient ! Le grand VOLTAIRE écrivait : « Je ne suis pas d’accord avec vos idées mais je me battrai afin que vous puissiez les exprimer. »
  
« Vous êtes habitués à ce que l'on vous dise combien vous êtes avancés, quel est votre degré spirituel. Que c'est puéril ! Sinon vous, qui donc peut vous dire si vous êtes beau ou laid intérieurement ? Si vous êtes incorruptibles ? Allons, ce n'est pas sérieux. »
 
Là encore, le concept pédagogique de la carotte et du bâton est bien ancré dans les consciences. Le Maître, le Professeur, enseignent et les autres doivent écouter. Certes, mais toujours avec esprit critique dans le sens constructif.
 
Les concepts de beauté et de laideur sont subjectifs ; par conséquent, ils n'engagent que la responsabilité de leur auteur. Ainsi, pour un crapaud, une crapaude sera belle si elle a de grosses pustules ; pour un singe, la guenon sera belle si elle possède de belles callosités fessières bien suintantes. Pour un homme , une femme sera belle si elle a de jolies fesses et des seins rebondis. Qui a dit que l'être humain n'était qu'un animal, un mammifère ? Quant à juger de la beauté intérieure !
   
« A quoi bon une organisation ? »
   
Une organisation n'est qu'une cage, dorée ou bien rouillée ; ce n'est pas la nature du métal qui fait la cage. Dés qu'il y a dogme, foi, croyance, il y a organisation de... l'Ignorance.
   
« Mais ceux qui, vraiment, désirent comprendre, s'efforcent de trouver ce qui est éternel, sans commencement ni fin, ceux-là marcheront ensemble avec une plus grande ardeur, une plus grande intensité, et ils seront un danger pour tout ce qui n'est pas essentiel, pour les irréalités, pour les ombres. Et ils se concentreront. Ils deviendront la flamme, parce qu'ils auront compris. »
  
KRISHNAMURTI annonce la... mauvaise nouvelle. Les êtres libres seront incompris, combattus et persécutés ; même dans leur famille. Car ils seront l'orage contre l'accessoire, le superflu et le superfétatoire.
   
« C'est ce corps qu'il nous faut créer, et tel est mon dessein. A cause de cette vraie compréhension, il y aura la vraie amitié. A cause de cette amitié, que vous ne semblez pas connaître, il y aura la vraie coopération de la part de chacun. Et cela, non pas à cause d'une autorité, ni à cause d'un salut, ni à cause d'une immolation pour un idéal, mais parce que vous aurez vraiment compris et que, par conséquent, vous serez capable de vivre dans l'éternel. C'est là une plus grande chose que tous les plaisirs, que tous les sacrifices. »
 
Pour celui, pour celle qui réfléchissent au destin de l'humanité, avec profondeur, le dessein de la conscience poind à l'horizon de la connaissance. L'humain n'est encore qu'au stade primitif du cerveau saurien accompagné du cerveau de mammifère et du néo cortex balbutiant. L'orgueil des uns, lié à l'avidité concomitante, produit l'exploitation des autres pour leur... bien ! Pourtant, comme il en est pour le jour qui contient la promesse de la nuit, l'espèce humaine peut tout espérer d'une mutation biologique, positive et constructive.
  
« Voilà donc quelques-unes des raisons qui m'ont fait prendre cette décision, après deux années d'un examen attentif. Ce n'est pas à la suite d'une impulsion momentanée. Je n'ai été persuadé par personne, je ne me laisse pas persuader en de telles circonstances. Pendant deux ans, je n'ai pensé qu'à cela, avec soin, avec patience et j'ai décidé de dissoudre l'Ordre, puisque je me trouve en être le Chef. Vous pouvez former de nouvelles organisations et attendre quelqu'un d'autre. Je ne m'en occuperai pas, je ne veux pas créer de nouvelles cages. Mon seul souci est de délivrer les Hommes, de les rendre libres, libres d'une façon inconditionnelle, absolue. »
  
Le comble, chez KRISHNAMURTI, ce sera d'avoir démissionné de son rôle de chef ; les Hommes n'y auront rien compris. Car le "vulgum pecus" attend de la vie qu'elle lui confère pouvoir et autorité sur les autres ; certains se prostitueraient pour avoir un bout de commandement. Alors KRISHNAMURTI ne sera pas compris !
   
CONCLUSION
    
"Et nous voilà au cœur du problème qui est la lutte des misérables
contre la "triple alliance de l'Argent, de la Religion et de la Loi".
 
Pierre JAKEZ HELIAS
(Préface) TOINOU
Le cri d'un enfant auvergnat (pays d'Ambert)
par Antoine SYLVERE (chez PLON)
 
Le substrat de la recherche humaine est latent chez toute créature. Oblitéré par les religions, certaines politiques, des philosophies perverses et idéologies mortifères, il demeure néanmoins.
  
KRISHNAMURTI fut l'orage et le courage face à l'inertie. Il reste une comète qui déchira le ciel de notre ignorance, surréel, mais désormais fécondé par un ferment revivifié.
  
Car il faut qu'Il, il faut qu'Elle... Me révèle à moi-même ; alors je l'Aimerai pour l'éternité, après la mort de la Vie, après la Mort de la mort.
 
La voix du silence avait parlé ; car, silence redevenu, il fut. SOI !

vendredi 2 septembre 2011

Le cri du silence



LE CRI DU SILENCE
(Copyright 1990)

Ce jour-là,
Il faisait chaud, il faisait froid,
Et le vent de la mer vivante frappait, d’embruns salés,
Le roc de l’égoïste cariatide.
 

Depuis longtemps, déjà,
Le regard vide de la statue
Portait à travers l’eau glauque, par delà les palais
Où les algues géantes abritent les cyclopes.
 

D’une attente aussi longue que les temps,
La pierre vibrait d’un message inaudible.
C’est alors que, venue du fonds des fonds,
A mille miles de tout orgueil,
Une nymphe jaillit de l’onde tumultueuse,
Enlaça la statue de pierre morte et lui donna le baiser de Vie.
 

Il y eut comme une gigantesque étincelle
Qui, de la cariatide, embrasa le sang glacial.
Jusque dans l’Olympe, au-delà de toute pensée,
En dehors du temps et de l’espace,
Dans le « pays sans nom »,
Que tout le monde connaît,
Que tout le monde tait.
 

Il n’y eut plus qu’un seul être de Vie et de Lumière,
Vibrant les sept sons primordiaux.
Alors le temps s’arrêta,
L’espace replia ses spires comme un serpent lové.
 

La cariatide s’éveilla de son sommeil millénaire,
S’ébroua et s’illumina d’une flamme plus haute que les univers.
Son message d’Amour embrasa les temps,
Jusqu’à ce jour d’Hui,
Où il s’inscrivit sur une pierre battue par les vagues espiègles,
Sur une plage dans le « pays sans nom » que tout le monde connaît...
 

C’est ce gemme que j’ai épelé pour Toi,
Dans le Silence de la nuit, pour que la Lumière soit...
Dis-moi, Toi, tu le sais bien.
Je t’Aime à la dimension de l’infini,
Au-delà de la vie, au-delà de la mort,
Toi, étincelle d’Eternité.
    
Je t’ai vue, perle de lumière,
Lorsque, voyageur d’étoiles,
Pêcheur de feu,
Je parcourais le Sentier.
 

Je suis devenu Lui, je suis devenu Elle.
Je te le dis:
Tu ne peux parcourir le chemin de l’ombre avant d’être devenue lumière.
Trouve la note du silence qui te révélera sa portée.
Cette musique sera ta voie.
 
Du muet langage, Tu seras l’oreille et le regard,
De la pierre qui jette sa plainte,
De la fleur qui murmure son parfum,
Du regard ambré de l’animal ému,
De l’étincelle chez les humains,
Enfin du Soi que l’universel porte sur le vent des étoiles.
 

Alors, oui, Tu entendras le souffle des pierres mortes,
Qui vivent leurs sanglots.
Tu ne pourras plus permettre à l’ardent matin
De sécher les larmes de la souffrance
Avant que tu ne les aies, toi-même, taries.
 

Si tu perds les sens,
Alors, grandis-toi.
Oriente-toi vers Lui, oriente-toi vers Elle,
Et Tu deviens Lui, tu deviens Elle.
 

Pour comprendre le silence, tu dois apprendre à voir.
On ne voit bien qu’avec le Soi.
Tu le découvres dans le secret de ton cœur,
Alors tu me découvres.
Je suis Toi...
 
Tu es, toi-même, l’objet et le sujet de ta queste.
Tu es la Voix éternelle du calme, de ta paix,
Exempte de changement, de faute,
Gîtée dans l’écrin des sept lumières du cercle du temps.
 

Sois humble si Tu veux atteindre à la Sagesse.
Sois encore plus obscure si Tu l’atteins...!
Sois comme l’Océan qui reçoit toutes les rivières.
Ne les sens plus.
 

Tu as soif de Sagesse infinie.
Dans ce monde-ci, rampe le serpent de la vanité.
Prends garde à sa morsure.
 Réfugie-toi dans le Silence, le tien.
Écoute sa Voix.
 

Tu es le vase; tu es son contenu.
En dehors de toi, tu es
En dedans de toi, tu es.
Pour t’atteindre, il te faut devenir.
   

Alors Tu deviens le cri du silence.

Mon Père m'a dit...



Prologue
 
Le texte qui va suivre revient à un homme qui a disparu. Déporté pendant la guerre 1939/1945, il avait fait l’objet d’une exécution à blanc. Il en sortit complètement marqué, à jamais ; écœuré, pitoyable dans sa souffrance, grand dans sa dignité. Son document nous avait été confié, en 1968, pour paraître dans une Revue. Son impact reste toujours d'actualité ; aussi avons nous décidé de le publier. C'est un cri, une souffrance, ceux d'un homme simple mais réfléchi. Il ne comprenait rien, disait-il ; en réalité, il avait tout compris ! Comme SOCRATE à qui l’on doit la célèbre phrase :
 
« Je ne sais rien. Et cela, je le sais ! »
 
L’homme n’est rien, à la naissance ; il n’est rien dans l’existence ; il n’est rien lorsqu’il meurt. La vie est un désert où l’homme se dépouille de toute vanité, tout orgueil, en une immense immolation exponentielle. Pour un bout de vérité qui disparaît avec lui, dérisoire sillon dans le sable de l’éternité que le vent de l’oubli efface. Hommes marionnettes, qu’un invisible démiurge manipule pour un dessein obscur, nous sommes comme des zombis parmi des ombres ; mirages d’une réalité qui fuit quand on veut l’attraper car nous faisons tous, librement, ce que fatalement nous devions faire !..
 
La mort est omniprésente, partout ; à chaque instant le cœur peut s’arrêter de battre. Le cerveau se décomposera et les vers se nourriront du cadavre. Alors ? Pourquoi tant d’efforts dérisoires pour tout ce qui, de toutes les manières, n’appartient à personne : la santé, la richesse, le bonheur, la science. Où est le bien ? Où est le mal ? Ils ne sont qu’illusion devant un kaléidoscope perfide où s’affrontent les passions humaines en un combat futile et benêt. Des gens se tuent ! Pourquoi ? Pour qui ? D’autres font les lois qui seront trahies et, hier, on condamnait pour des raisons qui ne sont plus quelque temps après. Les lois sont comme une toile d’araignée où les grosses mouches passent au travers ; les petites s’y font prendre.

Les bien pensants et les mauvais pensants dansent la même ronde du grand mirage de ce monde. Le temps d’apprendre à vivre, qu’il est déjà trop tard ! Nous portons tous, une ombre ! Aussi importante que la Lumière ! Et certains veulent la lumière sans les ténèbres ! Comment pourrait exister l’une sans l’autre ? La lumière n’éclaire pas seulement ; elle féconde !
 
Où est la Vérité ? Dans le Silence du Vide.
 
A l’heure du trépas, tirez votre révérence, Mes Dames, Mes Sieurs ! Sans un cri, comme le loup d’Alfred De VIGNY.
  
Sans au revoir. Et riez, riez, riez ; mais n’espérez point. Il n’y a personne qui vous attend au bout du tunnel.
 
Car vous êtes Rien ; c’est Tout !
 

A enquerre !

Un Philosophe de la Liberté

 
Mon Père m'a dit...
 
"Si rien n'est immortel, en nous, que cette vie est peu de chose".
 
AMIEL
    
Toute ma vie, j'ai sué, peiné pour un maigre salaire, tirant et poussant ma famille, sur la route de l'existence, à la recherche de jours meilleurs. J'ai vécu des moments révolutionnaires, vu passer des gouvernements et même des républiques. A l'âge de 16 ans, j'ai su ce qu'était une usine.
 
On m'a dit :
 
« Camarade ! Tu dois faire grève pour améliorer ta condition sociale..."
 
Et je suis resté chez moi.
 
On m'a dit :
 
"Camarade ! Tu dois manifester pour la paix et la liberté..." 
 
Et j'ai manifesté.
 
On m'a dit :
 
"Camarade ! Tu dois aider tes frères d'ici et d'ailleurs à ne plus vivre en esclaves, à ne plus mourir de faim..." 
 
Et j'ai donné mon argent. Chaque fois je croyais redécouvrir la liberté et j'ai vu mes efforts inutiles, mes espérances s'envoler. A l'âge de 20 ans, j'ai marché au pas. J'ai brandi mon fusil en criant : « liberté, honneur, patrie ». J'ai tiré sur des gens qui me tiraient dessus. On m'a fêté et même décoré. Puis, j'ai retrouvé le chemin de l'usine où j'ai recommencé à suer et peiner pour un maigre salaire... Alors, on m'a oublié...
 
Pendant longtemps, j'ai regardé vivre les autres. Ceux qui ont tellement d'argent qu'ils disent que ça ne compte pas ; ceux qui ont tellement de liberté qu'ils ne savent qu'en faire...
 
Alors,
 
J'ai compris,
 
Que je n'étais pas de ce monde !