dimanche 11 septembre 2011

La Franc-Maçonnerie de Memphis Misraïm sans bandelettes (4° partie)

III - VERS UN NOUVEL HUMANISME


Le travail du Maçon est clair. Il s'agit de construire le temple à l'intérieur de soi afin de projeter les vertus, les forces positives, ainsi actualisées, sur la société. Mais une question se pose aussitôt. A-t-on déjà connu de véritables Maîtres qui eussent pu répondre à cette nécessité ?


Pourquoi donc, de nos jours, sont-ils si rares ?


D'aucuns ont posé l'interrogation de savoir pourquoi la symbolique maçonnique et les rituels y afférents n'ont point produit, à plus ample informé, quantité de Maîtres Véritables, autrement dit des humains porteurs permanents de l'exemple des vertus prônées, sur le plan concret de la vie quotidienne. La réponse est facile mais ne résout rien. En l'occurrence, nous pouvons affirmer que l'explication réside dans le fait que la réalisation des vertus n'est pas d'ordre intellectuel. Le modernisme technologique en est la cause, dès lors qu'il privilégie l'avoir sur l'être, situe l'argent au sommet de tous les pouvoirs en le thésaurisant pour mieux dominer le monde et l'affamer. Il est donc parfaitement normal que les Sages quittent le navire et laissent les orgueilleux le mener au naufrage.

Par conséquent, la plainte est une indélicatesse en la circonstance, voire une incongruité totale. Ne soyons pas hypocrites et regardons-nous bien en face.


Nous allons donc brosser un tableau volontairement drastique de la situation pour, ensuite, établir un bilan et suggérer des solutions et une direction, à l’image d’une pyramide dont chaque pan désigne l’une d’entre elles et le sommet l’orientation.


Notre mental est un outil qui naît, vit et meurt. Il est contraint par des limites et limitations ; sa capacité à appréhender l'existence dépend de la distance prise à l'égard de notre propre subjectivité. Sur le plan maçonnique, l'attitude consiste moins à apprendre et plus à comprendre. « Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine », constatait MONTAIGNE.

Le danger de l'intellectualisme consiste, en la matière, à transformer une réalité ontologique, transcendantale, en un monstre que constitue sa réfraction à travers le prisme déformant de notre mental conditionné par la culture, les diplômes, les pseudo certitudes et croyances. Cette maladie tue spirituellement car elle confond le cerveau et ses acquisitions avec la cause ultime de celui-ci : le SOI cosmique qui était l'objet de la quête des anciens Templiers, des antiques Sages indous, pour ne citer qu’eux de manière non exhaustive.

Ne nous leurrons point ! L'intolérance, avec comme corollaire l'ignorance engendrant le fanatisme, existe parfois dans la Maçonnerie et vous le savez bien. Il y a souvent un hiatus entre l'idée et la faculté à la réaliser. Autrement dit, l'initiation réelle dépasse l'intellect et ne s'y identifie pas, même si son processus y procède.


L'intelligence est fonction de notre cerveau. Le néo-cortex est d'acquisition récente. Le mental actuel n'est donc qu'une étape, le moment historique d'une évolution exponentielle. Le passé le démontre par le passage du cerveau saurien à celui du mammifère et de l'humain actuel. Demain, l'Homme sera aussi différent de celui d'aujourd'hui, que nous le sommes du crocodile.


La raison essentielle qui peut entraver la plupart des Maçons dans leur recherche spirituelle est dans la confusion des valeurs qui consiste à prendre l'apparence pour la réalité, le symbole pour la vérité.

Sur le plan sémantique un symbole est le signe d'une réalité absente. Ainsi un morceau d'assiette est le symbole de l'assiette entière. Par le moyen de la symbolique l'intelligence peut appréhender ce qui est absent par similitude ou analogie. Cependant le symbole ne désigne pas la réalité mais la suggère ; l'imaginaire reconstruit les éléments manquants de façon projective. L'aberration, pour l'intelligence, consiste à prendre le signe pour la réalité.


Le psychologue russe PAVLOV a établi une science nouvelle, les réflexes conditionnés, sur la base de systèmes symboliques. Ainsi, il a démontré que si l'on associait un signal sensoriel quelconque, à la prise de nourriture pour un animal, celui-ci confondait d'abord le signe avec le plaisir. Puis avec la répétition et la substitution progressive d'un signal inoffensif au départ, au profit d'un autre douloureux (par exemple une décharge électrique) l'animal continuait d'éprouver du plaisir à se nourrir qui l'emportait sur la douleur. Enfin, le seul signal douloureux, sans apport concomitant de nourriture, provoquait la salivation et le plaisir.


PAVLOV avait démontré qu'un symbole quelconque pouvait se substituer à n'importe quelle sensation et provoquer des réactions psychosomatiques, spécifiques. L'expérience réalisée chez l'animal pouvait être reconduite sur l'Homme qui n'est qu'un animal social, comme chacun le sait.


La substitution du signe à la sensation est d'autant plus rapide qu'elle s'appuie sur les plans physique et émotionnel ; ce qui ne veut pas dire qu'elle ne soit pas possible sur le plan intellectuel. On peut toujours arriver à faire prendre des vessies pour des lanternes. Les pulsions fondamentales de l'Homme sont au nombre de 4 :


- la pulsion sexuelle.
- la pulsion agressive.
- la pulsion alimentaire.
- la pulsion parentale.


Ajoutons à cette liste les 7 péchés capitaux énumérés par les églises et nous aurons établi la panoplie du parfait terroriste, expert en manipulation de l'idée et du sentiment. Que font certains Politiques pervers ?


Il suffit, en effet, et sur la base du principe même de la symbolique, d'accoler à une expérience un signe résonnant (c'est à dire faisant appel à l'un des 5 sens, pour créer un lien entre les deux). Ce signe va faire partie intégrante de tout l'ensemble sensoriel. Si nous reprenons l'exemple du morceau d'assiette, symbole de l'assiette entière, par correspondance nous pouvons dire que le nouveau signe sensoriel qui interfère dans n'importe quelle autre expérience en fait partie intégrante, au bout de quelques répétitions. C'est évident, n'est-ce pas ? Il suffira, ensuite, pour le programmeur des consciences, de faire disparaître l'objet principal de l'expérience, pour que l'élément étranger le remplace. Il est même possible, pour les besoins de telle ou telle cause, de procéder au remplacement des symboles par d'autres, en employant la même méthode. Cela va très loin... N'importe quelle pulsion fondamentale peut être manipulée de cette manière ; les religions et certaines politiques extrêmes procédaient d'une manière analogue et y procèdent toujours.


Tout le monde sait très bien qu'il est très facile, par exemple, de fabriquer des Saints, épithète qui désigne les héros reconnus dans le cadre de telle ou telle idéologie, en frustrant des Hommes ou femmes dans certaines de leurs pulsions instinctives. Certains groupes terroristes, des sectes y procèdent. Dès que l'on castre, affame, détruit la cellule familiale, neutralise les défenses naturelles, que se passe-t il ? On crée des fanatiques par compensation. Ces fanatiques en arrivent souvent à tuer, s'ils en reçoivent l'ordre.


Oh ! N'ayons pas bonne conscience, si vite ! L'Occident eut ses moines de l'Inquisition, ses sectes sanguinaires, ses guerres de religion et en connaît encore. Objecter le contraire relèverait d'un pharisaïsme éhonté. Les religions ont voulu réaliser le ciment des sociétés au lieu d'en être le ferment d'éveil ; par conséquent elles manipulent. Certaines idéologies satisfont les estomacs (pas toujours) et endorment la pensée ; elles uniformisent la pensée et le sentiment, standardisent le comportement social à la manière d’un rouleau compresseur. Qui a dit manipulation ? Qui a dit réflexes conditionnés selon la plus pure application de la symbolique appliquée ?


La découverte de PAVLOV permit à la psychologie appliquée de faire un bond prodigieux. Les applications infinies furent aussitôt exploitées par certains Organismes. Les mass médias et la publicité s'en sont aussi emparées. Dans certains camps de rééducation, en Chine et ailleurs, cette méthode fut employée pendant longtemps. Le film « Orange mécanique » est très éclairant en ce domaine. Mais la méthode de la carotte et du bâton, n'est-elle point de la manipulation de ce genre ? Pourtant elle est vieille comme le monde ! On a donc simplement évolué depuis lors.


Les rituélies reposent sur l'emploi de symboles et il serait trop long d'analyser, ici même, leur rôle dans les initiations infinies qui existent dans le monde (vaudous, chamaniques, lamaïques, et cœtera) ou bien dans les mythes qui animèrent les civilisations antiques et motivent celles d'aujourd'hui ; sujet passionnant pourtant mais qu'il vous appartiendra d'étudier si vous en avez la volonté. La symbolique maçonnique utilise des symboles qui ont une vocation plus ou moins heureuse selon l'usage que l'on en fait et quand on le sait.


Il est donc un constat qui a la force de l'évidence : la symbolique maçonnique cache quelque chose et il s'agit de découvrir quoi. Oh, là aussi, ne nous méprenons point. Aucune symbolique n'est sacrée si l'on a bien compris ce qui vient d'être exposé précédemment, au sens d'intouchable, adorable immuable, et cœtera, dans le langage manipulateur que nous avons scientifiquement démonté. Il existe, non pas une seule Maçonnerie, mais plusieurs courants de cet Ordre, comme il n'existe pas une seule morale, mais des morales au pluriel. Il a existé, dans certains pays, des loges et sectes initiatiques racistes et raciales, terroristes, Agences de Renseignement pour des pays étrangers, infiltrées et noyautées, et cœtera. Pour toutes ces organisations et sectes la symbolique est souvent la même mais ses correspondances ne le sont point. La programmation des consciences, par l'explication adaptée des symboles selon le principe pavlovien, est donc spécifique des résultats escomptés. Ne confondons pas ciment et ferment d'éveil. Si les motivations sont impersonnelles, humanistes et universelles, alors elles sont saines.


Il existe une santé au sein de la symbolique maçonnique et, à ce propos, écoutons le grand psychologue Pierre DACO (auteur de livres magistraux en psychiatrie et psychanalyse – confer : Les voies étonnantes de la nouvelle psychologie - Le livre d'une humanité en mutation - Éditions Marabout) :


« Ainsi, vous faites partie de ceux-là qui considèrent que l'humanité se dirige vers une spiritualisation progressive ? Mais vous ne voyez pas ce qui se passe dans le monde ? »


« Ce qui a lieu dans le monde est trop pathologique pour qu'il n'y ait pas une santé quelque part. C'est trop haineux pour qu'il n'y ait pas une bonté. C'est trop absurde pour qu'il n'y ait pas une vérité. C'est trop bête pour qu'il n'y ait pas une intelligence. C'est trop désespéré pour qu'il n'y ait pas une espérance. C'est trop à l'envers pour qu'il n'y ait pas un endroit. Et si cet endroit est aussi positif et puissant que l'envers est négatif et infernal, on peut largement espérer de l'avenir ».


Plus loin, cet illustre Maître en psychologie ajoutait :


« Ci-gît Untel. Il respecta scrupuleusement les critères appris. Il fit tout pour s'y adapter, s'y ajuster, s'y mouler. Il fut médaillé du Civisme social et diplômé de la Sensation refoulée. Il mourut de...(ici peuvent suivre quantité de maladies psychosomatiques: infarctus du myocarde, ulcère, hypertension, hémorragie cérébrale, désir inconscient de mourir). Il mourut parce que, par lassitude d'âme, son corps avait décidé de mourir ».


J'ai voulu citer ce Maître, disciple de JUNG, parce qu'il anticipe l'objet principal du débat ; la Maçonnerie peut, elle aussi, mourir par désir inconscient de mourir et comme l'a si bien démontré Pierre DACO. Car, et nous le savons tous très bien, aucune société évolue en marge des individus qui la composent.


La question se pose donc de la santé à recouvrer ; la seconde sur les moyens ou bien la thérapie. Vaste programme et qu'aucun discours n'a pu résoudre, à ce jour. La plupart des ténors qui se sont succédés à la barre des orateurs ne cherchèrent, souvent, que le succès de leurs idées et non pas la Vérité.


La réponse n'est donc pas dans les discours mais à travers eux, moins dans ce qui est dit et plus dans le non-dit qui est la partie invisible de l'iceberg ; autrement dit, elle réside dans les racines les plus profondes de l'être et non pas chez les sirènes tonitruantes du verbe !


L'essentiel est dans la véritable question que pose la Maçonnerie à l'être humain et que résume la phrase du Sage grec sur le fronton du temple de Delphes : « Connais-toi, toi-même, et tu connaîtras l'Univers et les dieux ». Sentence, Oh combien entendue et lue, mais jamais réellement connue ni vécue. En effet, il n'est pas suffisant de citer un Sage ou un philosophe pour se hisser à son niveau et, en l'occurrence, le vécu inhérent à cet aphorisme n'est pas d'ordre intellectuel. Il s'agit donc d'une formule symbolique qui désigne une réalité absente.


Afin que résonne au plus profond de nous-même la réalité de cette Sentence, la symbolique maçonnique peut nous y aider si son substrat est appréhendé.


L'ensemble de la symbolique maçonnique s'appuie sur l'architecture humaine, interne (la pierre brute) pour converger vers son homologue cosmique, l'architecture divine, (la pierre taillée, HIRAM). Le plomb de l'égoïsme viscéral doit se transformer en l'or de l'universalisme et l'humanisme. Il s'agit de l'actualisation intérieure de toutes nos potentialités.


Cette mutation de l'Homme latent en l'Homme total s'apparente à celle du têtard en grenouille. Il s'agit d'une métamorphose qui aboutit à l'Homme achevé. Ce processus est amorcé dès que l'on entre à l'intérieur de soi, en y dirigeant nos énergies.


Dans la Maçonnerie les symboles les plus évidents sont d'abord les deux colonnes, piliers du temple, la lumière, le damier ou beaucéant, pour ne retenir que ceux-ci.


Depuis des temps immémoriaux chacun sait que le positif se marie avec le négatif. Ce symbolisme est parfaitement connu. Pourtant il n'a presque jamais été totalement vécu sur le plan concret, à l'intérieur des loges, dans la mesure où l'accès aux colonnes fut encore interdit à la mixité, il y a quelques années. Aujourd’hui, cette ségrégation a disparu.


C'est donc dans l'allégresse que je m'adresse à vous, nos Mères, nos Sœurs, en vous communiquant le plus grand hommage qu'un homme a pu vous destiner. Je citerai le grand poète français ARAGON : « La femme est l'avenir de l'Homme ». Nous souscrivons à ce vœu et vous exhortons à nous aider à l'accomplir. Vous êtes l'aspect d'équilibre qui permettra à la Franc-Maçonnerie de devenir le catalyseur d'un nouveau progrès dont le rayonnement social sera d'autant porteur que les limites intérieures de chacun auront éclaté, de manière exponentiellement ouverte et ouvrante. La Maçonnerie s'en trouvera enrichie et la société éclairée. Car vos vertus devront ennoblir l’Homme en le portant vers l’intelligence du cœur. Que la déesse SOPHIA éclaire nos cœurs et nos Âmes ! Quelle soit le vecteur de la pureté de nos actions, pensées et sentiments.


Sur le plan de la désymbolisation, finalité ultime de tout symbole comme nous l'avons déjà expliqué, il n'a pas été enseigné la correspondance sur le plan de la physiologie occulte, comme le suggèrent Robert FLUDD et la Sentence au fronton du Temple de Delphes. Il s'agit, certes, des courants binaires que matérialisent les courants nerveux : sympathique et parasympathique mais, aussi, des deux courants plus subtils de la colonne vertébrale et que l'Inde nomme Ida et Pingala; ces derniers concernent le vrai mystère de la mutation de l'Homme vers le supra mental, chère à un Sri AUROBINDO.


La lumière du pentagramme flamboyant n'a pratiquement jamais abouti à la notion de vision intérieure de celle-ci, bien que le graphe du delta précise qu'il s'agit d'une réalité physiologique, celle de l'ouverture du 3° œil dont le phénomène correspondant est la vision d'une lumière virulente au sein de laquelle scintille le point bleu de la conscience. Cette lumière est le catalyseur de l'éveil de la conscience. Elle est la même qui est gîtée à l'intérieur de nos cellules et attend de se révéler à nous-mêmes. C'est elle qui préside aux univers. Elle est l'ensemble des lois universelles qui régit l'infiniment petit comme l'infiniment grand. La découvrir à l'intérieur de soi c'est la vivre et, par conséquent, devenir semblable à son homologue cosmique, fusionner avec elle et en refléter ses caractéristiques sur l'entourage. Devenir cette lumière c'est, en quelque sorte, actualiser les vertus cosmiques qui sont latentes à l'intérieur de nous-mêmes. C'est devenir un véritable Maître Maçon, un Être humain dont la vertu majeure sera, selon la définition transcendante de SRI RAMANA MAHARSHI :


« D'être débarrassé de l'idée même qu'il est un Réalisé ».


Le beaucéant est incapable de révéler, en acte, comment suivre la voie du milieu en dehors de prescriptions philosophiques reflétant l'orientation de la hiérarchie maçonnique dans l'obédience. Pourtant la réponse est encore, toujours, physiologique ; elle réside dans l'abolition de la dualité par l'éveil d'une énergie mal connue qui s'appelle Kundalini, en Indes, pneuma Aegion chez les gnostiques, Ruach aelohim chez les hébreux.


La réponse aux problèmes dont souffre l'humanité n'a jamais été extérieure aux individus qui la composent et aucune philosophie n'a pu les résoudre. En effet, l'intelligence n'est que la manifestation limitée, forcément, d'une Réalité cosmique qui est le SOI. Tant que le SOI n'est pas réalisé, le mental ne peut fonctionner qu'autour des limites astreintes par l'évolution vers cette Réalité du SOI cosmique, qui est exponentielle. Le cerveau humain ne fonctionne qu'aux 2/10° de ses capacités pour la plupart des gens. Toutes les philosophies ne peuvent donc que refléter ces mêmes limites et limitations. C'est la raison fondamentale pour laquelle la désymbolisation maçonnique ne peut pas être uniquement et de manière restrictive, intellectuelle. C'est la raison pour laquelle tous les livres savants et traités magistraux qui ont paru, restent intellectuels et n'ont rien résolu sur le plan de l'évolution de l'humanité.


La solution est donc ailleurs que dans le mental actuel. Elle est dans l'accès à une réalité ontologique, celle du SOI cosmique qui, lui, reste en dehors des formes qu'il anime à la manière d’un catalyseur. Il convient donc de chercher les moyens de cette désymbolisation, en dehors du mental ordinaire et par l'ouverture vers ce que l'on peut envisager comme « devenir sans cesse autre pour être davantage SOI».


A la réflexion sur les théories pavloviennes, il est évident que les symboles peuvent être déviés, voire détournés, intellectuellement de leur vocation originelle et d'autant plus facilement qu'aucun vécu réel ne sera venu interférer dans un processus de désymbolisation nocif et erroné ; processus qui n'aurait d'ailleurs que peu de chance d'être reconnu si la voix des ténors de la manipulation par le verbe sévissait au profit d'un ritualisme sclérosant de la pensée et du sentiment. Pire parfois, la réalité intérieure du vécu peut être substituée au profit du « mind control ».


Poser ce problème c'est en établir un second. Comment réaliser les promesses véritables de la symbolique maçonnique au profit de la réalité ontologique. Ah !


Afin de répondre à ce nœud gordien nous n'allons pas le trancher avec le couperet du diktat, ni une fuite elliptique, une argutie ou une pirouette intellectuelle, ce qui ne résoudrait rien. Au contraire, nous allons procéder par l'élimination successive des conditionnements de la pensée et du sentiment dont le but est l'uniformisation des consciences, si chère aux manipulateurs par le verbe de tous les pays et de toutes les époques. Évoquons quelques images.


Rêvons, imaginons que la Maçonnerie soit comme un bateau qui promette de quitter le port de la pierre brute (l'Homme, animal social) pour nous mener vers celui de la pierre cubique, taillée (la Conscience humaine totalement éveillée et achevée). Le gouvernail est maîtrisé par un timonier expérimenté, confirmé et avéré (le Réalisé au niveau du SOI). Les matelots (les Maîtres) et le personnel de maintenance (les Officiers) s'activent auprès des machines et passagers (Apprentis et Compagnons) afin de les mener à bon port (la Réalisation du SOI).


Au cours du voyage, des tempêtes peuvent arriver ; des querelles, maladies, décès aussi. Enfin arrive le jour de l'accostage (la Réalisation du SOI) et la fin du voyage est là. Tout le monde descend et le bateau embarque d'autres passagers pour un autre périple. Par analogie, cette aventure n'est-elle pas semblable au périple intérieur des pèlerins de ce monde ?


Cauchemardons maintenant, imaginons que nous nous trouvions en pays d'Absurdie où, naguère, les Lilliputiens s'affrontèrent en de sanglants combats pour savoir qui avait raison de casser les œufs par le gros bout ou bien le petit ! Le bateau quitterait donc le port avec les passagers (Apprentis et Compagnons) ayant, pour timonier, un usurpateur qui grugerait, avec leur consentement ou bien sans lui, les officiers (Maîtres) en dirigeant le navire vers une mauvaise direction. Ou bien encore, imaginons un autre scénario catastrophe. Ce serait un bateau qui ne partirait jamais et dont les marins, passagers, se transformeraient en adorateurs des structures et infrastructures, inaugurant une autre religion dont le DIEU serait le timonier qui les ferait jouer à « comme si nous partions » et qui ne partiront jamais...; sinon à l'heure de la mort !


Ah ! Vous m'avez compris !


Un navire est un instrument, un outil. Il a une utilité conventionnelle, précise. Avant le départ, il n'est que le symbole du voyage. Mais, dès qu'il quitte le port d'attache et arrive à destination, le symbole a bien disparu au profit de la réalité qui, seule, nous intéresse évidemment.


Le bateau n'est devenu vivant qu'à son départ, dès qu'il a pris la mer ; avant son envol il était comme endormi, mort. Sa nature est de prendre la mer et uniquement cela. Pour la Maçonnerie, il en est de même.


LAO TSEU a dit :


« Quand le Sage montre la lune, l'imbécile ne voit que le doigt ».


Les Maçons agissent de même dès qu'ils se concentrent sur les moyens et ignorent les résultats à atteindre. Pourtant la Maçonnerie a pour obligation les moyens et pour vocation les résultats. Ce constat s'avère car il a toute la force de l'évidence.


S'il y a symbole c'est qu'il existe une réalité autre dont il est le signe ; c'est une connaissance acquise par tous, désormais. Mais quelle est cette évidence en Maçonnerie ? Qui a l'autorité requise pour désymboliser en montrant, du doigt révélateur, la vérité ? N'est-il pas enseigné que celui qui parle ne sait pas et celui qui sait ne parle pas ? Comment résoudre le dilemme de la double nécessité de la parole et du silence dès que l'on est conscient du danger de la désymbolisation qui, au lieu d'éclairer, peut aveugler, comme une lumière trop violente ? Transformer un aveugle né en un aveugle formé n'est pas la solution.


La réponse à ce problème est dans la révélation de clefs symboliques, complémentaires, laissant à chacun la possibilité et la liberté d'actualiser, ou non, sa réalité intérieure. Alors la double nécessité du silence et de la parole est résolue.


La solution aux problèmes de l'humanité sera biologique ou bien elle ne sera pas. Tant pis pour les religions, dogmes et sectarismes de toutes sortes. Car il n'existe aucune religion qui soit supérieure à la vérité. Et cette vérité n'est jamais un acquis intellectuel. Elle est l'état ultime de la conscience totalement éveillée et achevée. Elle ne peut donc être que concomitante de la transformation progressive des structures psychiques et somatiques. L’humanité devra inaugurer, prochainement, un saut évolutif, qualitatif, brusque vers de nouvelles conceptions de la Responsabilité individuelle et collective. Il nous faudra, à tous, devenir plus Responsables ! Encore et toujours de manière exponentielle. Autrement notre monde ira encore plus mal. Les guerres, famines dans certaines contrées, terrorismes pluridimensionnels, le saccage de la planète par une consommation démentielle des ressources naturelles, la démographie galopante - dans quelques décennies la terre connaîtra près de 12 milliards d’individus - tout cela pose plus de problèmes que l’on s’en doute et les Scientifiques s’en émeuvent en silence.


La désymbolisation, au sein de la Maçonnerie, est évoquée à travers le dépouillement des métaux qui n’enseigne rien d'autre que cette nécessité. A la différence de certaines organisations sectaires, qui déstructurent pour restructurer ensuite selon le principe pavlovien, le catalyseur de cette désymbolisation est dans l'intervention saine et salubre d'un élément transcendant pour l’actualisation libératrice des potentialités ontologiques. Il ne peut donc pas être une technique.


Autrement dit, il ne s'agit plus en l'occurrence de substituer à la démarche spirituelle de la transmutation du MOI en SOI cosmique, une symbolique éventuellement manipulatrice et articulée par quelque génie malfaisant mais, au contraire, ouvrir les structures cellulaires, mentales, à leur cause suprême qui est d'ordre universel. Il s'agit plus exactement du processus d'immanence et transcendance qui définit toute forme d'existence.


D'aucuns pourraient objecter que, essentiellement, ce processus existe à l'état naturel dans la Vie elle-même et, en conséquence, il est inutile d'y interférer. Alors, pourquoi la Maçonnerie ?


Cette question ultime nous ramène à l'objet principal de notre propos ; il convient de définir une orientation qui conjugue l'ancien et le présent, et converge sur la Réalisation du Soi. Il s'agit de réactualiser un humanisme en prise directe sur notre temps après marcottage sur le terreau du passé. Il s’impose qu’un large débat d’idées s’ouvre entre tous les Francs-Maçons et Hommes de bonne volonté, dans la transparence et l’honnêteté intellectuelle et morale.

La Franc-Maçonnerie de Memphis Misraïm sans bandelettes (3° partie)

II - POUR UNE MAÇONNERIE NOUVELLE.
 
Que dire, en effet, de structures dont l'inadéquation des Hommes qui les assument et organisent, est patente ; de personnages qui exigent des autres plus de vertus qu'ils ne peuvent, eux-mêmes, en apporter la preuve et le vécu ?

Que dire d'un savoir qui a dégénéré en rites et superstition, dont la vocation magique, parfois, pouvait accréditer la thèse que les miroirs fêlés portaient moins malheur que les cerveaux qui l'étaient ?

Que dire de l'idolâtrie de rituélies qui n'infusent plus aucun élan porteur de constructivité positive, vampirisent plutôt que de vivifier, tuent l'intelligence au lieu de l'aiguiser ?

Que dire, sinon que les temples sont morts car ils n'entrent plus à l'intérieur de chacun de nous ! Le décès est alors annoncé pour des structures devenues obsolètes ; l'hiver d'Hiram est arrivé.

Quand les organisations de la pensée se substituent au travail intérieur, exigent de nouveaux dogmes mortifères de l'idée et du sentiment, pour mieux limiter, enchaîner et dominer. Quand elles sclérosent l'imaginaire créatif, diminuent au lieu de grandir. Quand les médiocres gouvernent, les ambitieux se battent pour régenter et les Sages se taisent, bâillonnés. Quoi dire, sinon que l'hiver d'Hiram est arrivé.

Faut-il alors désespérer ? Regardons la nature, si belle dans le silence hivernal et que caressent les noirs aquilons aiguisés par le terrible septentrion. Écoutons son orgue apocalyptique qui porte aux humbles mortels le message inaudible de l'éternelle espérance.

Le vent nous dit que le ciel fermente la terre et l'enfante. Déjà, la croûte terrestre craque et des plantules sont appelées à naître par le marcottage sur le terreau du passé. Le printemps d'une aube nouvelle vit déjà sourdement dans les entrailles du futur. Que notre joie demeure !

I - Être contemporain du futur.

L'humanité traverse un cycle nouveau de saisons. Déjà s'annoncent, partout de par le monde, une société nouvelle, une politique et une planète autres. La Maçonnerie vit aussi les saisons de la terre et des Hommes. Sachons participer à ces temps, sinon notre propre décès serait signé. La nature procède par essais et ne les renouvelle jamais plus. Les échecs, dans l'évolution universelle, ne sont pas réitérés et les êtres qui ne savent pas s'adapter, disparaissent du théâtre de la vie. Soyons présents à ce nouveau printemps d'HIRAM.

Mourir, c'est renaître. Les données de fond du combat de l'humanité, pour sa renaissance, nous interpellent tous. Personne ne peut valablement entamer un concours d'autruche, ou bien de perroquet, qui serait suicidaire car la solidarité est mondiale ou bien elle n'est pas ! Que dit la nature ? Sans partage, pas d'enrichissement.

Les besoins nouveaux des peuples et individus réclament, instamment, des transformations dans l'organisation des sociétés et relations internationales. Personne ne peut plus, valablement, s'isoler frileusement dans un cocon d'égoïsme et d'égocentrisme qui deviendrait vite une « tunique de NESSUS ». Le temps d'une Maçonnerie « lit de PROCUSTE » est terminé.

A-t-on la capacité de poser les vraies questions ?

Elles ne sont pas de savoir qui va prendre la direction, la haute direction sur telle ou telle obédience ! Ni de savoir si le Temple est bien construit ou adéquat ! Ni de savoir si l'on a obtenu la victoire (sur qui ou sur quoi ?).

Ne seraient-elles pas, plus réellement, la capacité, ou bien l'absence de capacité, à se transformer de l'intérieur par le silence..., avant de vouloir changer autrui ? La lucidité exemplaire à l'égard de soi-même ? L'ataraxie ? Le désintéressement et le dépouillement intérieur ? La communication au-delà du niveau verbal ? L'écoute des autres et le service impersonnel ? Vertus non exhaustives de leur extension, individuelle et sociale.

Pensons-y tous ensemble, afin de bien répondre aux enjeux de la période saisonnière, à ne pas être exclus du progrès en mutation. Méditons sur le niveau des réponses à formuler. Semons les graines du futur, celles que la nature engrange pour nous.

Certes, nous ne partons pas de rien. Notre mérite, à tous, est d'avoir auguré l'hiver. Il nous reste à inaugurer le printemps. D'aucuns ont pu répondre aux événements avec violence. Peut-être aurait-il fallu plus de sagesse et moins de bruit ; car le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien ! Peut-être a-t-on trop tôt confondu la jeunesse des idées et du dynamisme avec la compétence. Ce n'est pas l'agitation qui fait le Sage. Or, n'avons-nous pas besoin, plus que de ténors et va-t-en guerre, de Philosophes de l'action et de Sages de l'Être ? A chacun son temps car nul n'est prêt qu'à son heure.
 
Comment travaille-t-on en Loge ?

a) Les Apprentis doivent se taire pendant les tenues. Pourquoi ? Parce que l’on apprend plus en écoutant. Et puis, on peut mieux observer ceux qui parlent et découvrir si ce sont de vrais Maçons, ou non, dans la mesure où ils répondent aux exigences proposées aux autres. Il y a plusieurs sortes de Maçons ; autant que d’Humains ! Et quand j’entends quelque Grand Maître pérorer : je suis 90° ou 95°, je le regarde et je l’écoute. Est-il détaché de son grade ou bien est-il la girafe de la fable qui toise, du haut de sa grandeur, les autres ? Ou bien est-il un renard qui, perfidement et au lieu de chercher à comprendre, prendra le contre pied systématique des propos tenus par l’orateur ? Ou bien encore est-il un blaireau dormeur qui, au bout de 20 minutes, sombre dans une léthargie ronflante ? Car, le fait d’être vieux et ancien, de détenir les hauts grades est un fardeau lourd à porter ; tout cela exige la manifestation de quelques vertus élémentaires qui, si elles sont absentes, traduisent la présence d’un âne revêtu de médailles. On juge l’arbre à ses fruits et non pas à son bruit sous le vent.

b) Les Compagnons ont le droit de poser des questions, selon des règles éprouvées par l’usage.

c) Les Maîtres sont autorisés à parler.

Ce code de comportement n’est pas gratuit ; il a fait ses preuves positives de par ses prolongements psychologiques. L’orgueil est le pire des défauts car il nous coupe des autres. Un Franc-Maçon doit, se doit à lui-même, être authentique en allant vers l’Essentiel de l’Existence, en refusant tout ce qui le complique au lieu de l’authentifier. Devenir totalement adulte, c’est à dire responsable, ainsi que le concevait le grand Antoine De SAINT EXUPERY qui enseignait : « Vivre ? C’est être responsable ».

Un gamin âgé de 17 ans et 364 jours ne sera reconnu majeur que le lendemain. Or, qui nous dit qu’il le sera réellement, par un coup de baguette magique du calendrier ? Ou bien encore, qui nous dit qu’il ne l’était pas auparavant ? L’expérience et le sens des responsabilités ne se volent point et c’est elles qui font le majeur, l’adulte ; le Franc-Maçon à fortiori.

Nous ne pouvons pas revenir à tout ce qui, dans le passé, a pu parfois défigurer l'idéal maçonnique, ni renoncer à une perspective de transformation ; en d'autres termes, ni dogmatiques, ni despotes, ni intolérants. C'est, pour les Maçons, le triple refus qui a la force de l'évidence, même s'il faut toujours rester attentif aux pressions occultes qui s'exercent pour aller dans un sens ou dans l'autre ; que certains, missionnés par un ciel éclaté par le tonnerre du délire théo-politico maniaque, voudraient imposer comme vérité révélée.

C'est poser le problème de la nécessaire catharsis de chacun, pour chacun, afin d'éviter les dérapages et hégémonies, le népotisme, les complots de couloir et prises de pouvoir qui renouvelleraient les 7 plaies d'Égypte et prolongeraient un hiver de la pensée.

L'enjeu concret n'est pas ailleurs. Il est ici et maintenant. La situation mondiale, avec sa difficulté et sa complexité, doit-elle nous conduire à un comportement défensif de repli égoïste sur soi ? Ou bien devons-nous approfondir l'idéologie maçonnique par une réflexion critique sur le passé et qui nourrira le rayonnement d'une maçonnerie nouvelle, présente aux nécessités de notre temps, ouverte et ouvrante. Avons-nous le courage de l'innovation, par l'élaboration de propositions pour demain ? Sommes-nous capables d'initiative et d'invention à tous les niveaux ?

La stagnation de la pensée est mortifère ; elle est toujours concomitante de décomposition pour les concepts du passé et annonce la fermentation d'idées et forces nouvelles. Tout arrêt de la pensée génère l'hérésie et c'est ce constat que nous devons avoir présent à l'esprit. Car s'arrêter, c'est reculer. Or la vie est une marche perpétuelle.

Période de transition, l'hiver annonce des temps plus féconds ; le printemps les inaugure. Aussi sachons écouter l'autre, sans imposer nos propres croyances et dogmes, pseudo certitudes et ignorance crasse. Sans étiquetage, ni amalgame, les Francs-Maçons ont besoin de dialoguer, débattre les idées, en dehors des choix imposés par une direction népotique.

Évidemment, aucun Franc-Maçon n'a le privilège des réponses à tous les problèmes. Personne n'a réponse à tout. L'essentiel consiste à poser les vraies questions, y réfléchir ensemble et ne pas considérer les réponses comme définitives mais, au contraire, révisables dans le temps.

II - Une Maçonnerie en prise directe avec le monde en mutation.

Partout, les événements se succèdent de par le monde. Certains ont peur des changements ; d'autres les inaugurent ou bien les stimulent. Pourtant, tout change et cette réalité est vérité.

A l'âge du nucléaire et, demain, du voyage dans le temps et l'espace, est-il recevable d'arrêter la mutation inhérente au progrès ? La Maçonnerie peut-elle être encore nostalgique d'un passé révolu, de civilisations momifiées comme l'Égypte ancienne et ses tombeaux ? Serait-elle incapable d'être autre chose que nécrophile ?

Figer les idées par des rituels fossilisants et pétrifiants, revient à entreprendre le travail de fossoyeur de la pensée. Or, la Maçonnerie a toujours manifesté les plus hauts idéaux de l'humanisme, l'ouverture la plus large sur les réalités humaines, au moins sur le plan doctrinal. Faut-il codifier ces vertus en les rendant obligatoires dans les Constitutions ? La liste ne saurait être exhaustive, évidement, ni limitative.

Y a-t-il un hiatus pathologique entre l'idée et la capacité à la réaliser, dès lors que la bonne volonté se substitue à la compétence ; le verbe aussi ? Pourtant, tout problème possède sa solution.

L'heure est pour un gouvernement mondial, une fondation planétaire qui unira toutes les technologies et volontés à la conquête des galaxies. Les ressources immenses que détiennent certains pays, dans les domaines minier, industriel, alimentaire et pécuniaire, ne doivent plus emprisonner les 3/4 de l'humanité dans la misère, alors que le reste étouffe sous l'amoncellement orgiaque d'avoirs pléthoriques. La Maçonnerie ne peut rester en dehors de ce constat, en l'ignorant. Sa vocation l'oblige à la solidarité universelle par le partage qui enrichit.

Les Maçons ne sont pas étrangers à la Maçonnerie. Autrement dit, c'est eux qui font l'organisation, l'animent et la définissent. Aucune société évolue en marge des individus qui la composent. Nous devons développer notre capacité à réfléchir, en tirant les leçons de l'histoire, de toutes les expériences, à veiller au chant du monde en exerçant notre écoute et l'indépendance de la réflexion.

Construisons sans céder aux polémiques ruineuses. Ne nous laissons pas fasciner par les sirènes d'un certain passé et les prophètes d'un avenir qui l'est moins. Le futur nous appartient à tous, et non pas à quelque pythonisse délirante, ni à une élite (laquelle d'ailleurs ?)

Nous avons les moyens intellectuels, affectifs, imaginaires, psychiques et matériels de créer. Par la solidarité universelle et concrète, nous pouvons inaugurer un humanisme porteur.

Que tous ceux qui ont à cœur cette entreprise et rejoignent notre analyse sur les exigences et besoins à venir, sachent que le printemps de l'espoir est là.

Car le monde n'est plus celui d'hier ! L'humanité a une dimension planétaire. Une conception égocentrique du monde serait à l'envers du progrès et, par conséquent, vouée à la véhémence rénovatrice du temps.

Cependant l'avenir n'est pas écrit d'avance. Les forces adverses n'ont pas abdiqué. Toutefois la volonté maçonnique de tolérance, amour, justice, épanouissement, identité, libre disposition et progrès, d'aide mutuelle des peuples, est assez forte pour accroître la prise de conscience collective. Faisons fructifier les potentialités nouvelles.

Les aspirations universelles, neuves, produisent des valeurs nouvelles. Elles trouvent leur fondement et leur exigence dans l'interdépendance croissante des problèmes humains. Les solutions doivent être globales et non plus parcellaires, structurelles et non plus conjoncturelles. De plus en plus le monde est perçu comme un Ensemble dont l'avenir interpelle tout un chacun. L'humain a trouvé sa dimension planétaire. Que dit la Maçonnerie ?

Quand des valeurs, comme l'argent, ont permis à l'humanité de sacrifier, sur l'autel de la réussite matérielle et au profit d'une minorité de possédants, le reste du monde, on est en droit de se demander si la Maçonnerie n'a point été laxiste dans son isolement idéologique. Le gémissement du monde, en avons-nous été témoin ?

Notre monde est dominé par la croissance vertigineuse de la technologie dont le divorce avec la Sagesse est flagrant. Ce constat mérite autre chose qu'une attention distraite.

Peut-il y avoir, aujourd'hui, une optique maçonnique de la société et du monde qui ne tienne pas compte de la réalité objective des événements et n'intègre pas cette dimension nouvelle, inaugurée par notre temps ? Le refus de toute innovation est-il justifié dès lors que la science possède les moyens de servir la conscience des Hommes, à la mesure de son éveil ?

N'est-il pas requis d'unir les voies d'épanouissement de l'humanité en marche, aux besoins les plus fondamentaux de chacun qui, pour être cachés parfois, n'en sont pas moins évidents ?

Certes, il s'agit de quelques éléments de réflexion mais ils font référence aux possibilités de chacun de nous à la pensée objective et la mesure qui, après avoir été trop longtemps étouffées et meurtries, s'avèrent néanmoins.

Profitons de l'étape transitoire qui nous est donnée de vivre pour entamer un vaste travail de recherche et confrontation. Donnons un souffle nouveau à la discussion et au débat d'idées.

Il nous faut condamner le terrorisme des idées, dès lors qu'elles enchaînent par la dictature spirituelle de quelques despotes, qu'elles cimentent alors qu'il s'agit de fermenter, qu'elles freinent alors qu'il est immédiat d'accoucher selon le principe socratique de la maïeutique. Quand la condamnation des idées nouvelles se justifie arbitrairement sous le prétexte de déstabilisation, ne s'agit-il point, plus exactement, de l'évacuation de quelques compétences gênantes et susceptibles de porter ombrage à l'ambition cachée de certains ; d'ébranler quelques trônes monarchiques ?

Faut-il que tout progrès doive toujours rencontrer une résistance égale à sa propre dynamique ? Jusque dans la Maçonnerie !

Pouvons-nous être valablement porteurs de l'espoir par la satisfaction des besoins spirituels, nouveaux, de l'humanité ? Ne vivons-nous point une période historique, transitoire ?

La lucidité est synonyme d'honnêteté intellectuelle et morale. Elle inspire le respect et ne l'impose pas, gratuitement. A tous les Maçons qui ambitionnent, non pas les grades et fonctions mais, au contraire, d'être simplement présents au monde, le courage et la fidélité commandent de réaliser qu'un tel rôle requiert l'apport à la Maçonnerie de nouvelles dimensions imposées pas les changements de société, à l'échelle mondiale. Encore faut-il ne plus être affecté par les maladies mortelles qui s'appellent : cordonnite, inflammation de l'Ego, hypertrophie du moi !

Aux déchirements de l'affrontement entre les Maçons, il faut répondre par de vraies solutions aux problèmes qui les ont engendrés. Le replâtrage est inefficace si l'on ne transforme pas de l'intérieur des structures devenues obsolètes. Pourquoi perpétuer le cloisonnement alors que les frontières éclatent, les cultures s'enrichissent au partage et l'humanité cherche de nouveaux modes de relation ?

Le conflit doit dépasser le moment historique de sa nécessité, en ne perdurant pas ; autrement il deviendrait synonyme de destruction totale. L'interdépendance n'est pas contraire à la volonté d'identité.

La Maçonnerie, à travers ses structures, sa vie interne, est un sujet de débat le plus difficile. Être maçon n'est pas un engagement ordinaire et banal. Cet état s'appelle désintéressement, courage, invention, adaptation, générosité, ataraxie, catharsis, tolérance, et humanisme. Vertus rares, voire rarissimes. Alors, où sont les Maçons ?

Des générations de Maçons ont passé. Les jeunes regardent leurs aînés dont ils attendent l'exemple des vertus prônées ; ils s'interrogent, avec la spontanéité de la jeunesse. Parfois, menés par des gens plus motivés par le sentiment et le ressentiment, ils ne trouvent pas la preuve de la réflexion et la mesure, chez eux ou les autres, et dont la vertu de l'image les eut portés. Quelle responsabilité que la nôtre, à tous, devant la désillusion que de tels comportements apportent.

La Maçonnerie peut s'enrichir par les conclusions concrètes des analyses de chaque maçon, au cœur de la société mondiale, en mutation scientifique, technologique et culturelle. Elle est comme une maïeutique socratique. Sa nature spéculative est traduite par l'idée d'une architecture intérieure à réaliser pour chaque maçon et son substrat doctrinal la résume. Elle est le creuset, la forge où s'élabore le temple intérieur car, ainsi que l'affirmait le grand hermétiste Robert FLUDD :

« Quand le temple sera consacré, ses pierres mortes redeviendront vivantes, le métal impur sera transformé en or fin, et l'Homme recouvrera son état primitif ».

Encore faut-il devenir conscient de cette promesse.

samedi 10 septembre 2011

La Franc-Maçonnerie de Memphis Misraïm sans bandelettes (2° partie)

 I - LES ORIGINES OCCULTES DE LA FRANC-MAÇONNERIE

Les origines lointaines de la Maçonnerie eurent un substrat historique, patent, avec l'avènement de l'Ordre du Temple, dans la mesure où l'histoire est assez proche de nous pour ne pas s'être altérée avec le temps.

Parler de l'Ordre du Temple c'est aussi évoquer une des périodes les plus noires de l'humanité, avec les inquisitions et guerres de religion qui ensanglantèrent toute la vieille Europe.

a) - Après Jésus Christ.

L'aspect historique le plus éminent de l'évènement maçonnique fut marqué par l'avènement de l'ORDRE DU TEMPLE. Écoutons Eliphas LEVI à ce propos :

« En 1118, neuf chevaliers croisés en orient au nombre desquels étaient Geoffroi De SAINTOMER et Hughes De PAYENS, se consacrèrent à la religion et prêtèrent serment entre les mains du patriarche de Constantinople, siège toujours secrètement ou publiquement hostile à celui de Rome. Leur but avoué était de protéger les chrétiens qui venaient visiter les saints lieux ; leur but secret était la reconstruction du temple de SALOMON sur le modèle prophétisé par EZECHIEL. Cette reconstruction, formellement prédite par les mystiques judaïsants des premiers siècles, était le rêve secret des patriarches d'orient. Le temple de SALOMON rebâti et consacré au culte christique devenait, en effet, la métropole de l'univers. L'orient l'emportait sur l'occident et les patriarches de Constantinople s'emparaient de la papauté. Ce furent les premiers Templiers. »

(Fin de citation)

Les Templiers avaient pris pour modèle, dans la bible, les Maçons guerriers de ZOROBABEL qui travaillaient la truelle d'une main et l'épée de l'autre. C'est pour cette raison que ces mêmes outils devinrent les insignes des Templiers qui, plus tard, se cachèrent sous le nom de frères Maçons, puis de Francs-Maçons.

La pensée secrète d'Hughes De PAYENS, en fondant son Ordre, n'avait pas été précisément de servir l'ambition du patriarche de Constantinople. Il existait à cette époque, et en Orient, une secte gnostique dite des Chrétiens johannites, à laquelle prétendaient remonter aussi les Albigeois qui se vantaient d'être les seuls initiés au vrai mystère de la religion du CHRIST. Ils attribuaient la fondation de leur secte à Jean. Les pontifes de cette secte prétendaient se succéder, depuis Jean, par une transmission ininterrompue de pouvoirs. Celui qui fut en fonction, à l'époque de la fondation du Temple, se nommait THEOCLET. Il connut Hugues de PAYENS qu'il initia aux mystères et aux espérances de son église et désigna comme son successeur.

Ces considérations idéologiques furent enveloppées d'un grand mystère et l'Ordre du Temple faisait profession extérieure de la plus parfaite orthodoxie et homogénéité. Acquérir des richesses, puis intriguer et au besoin combattre pour établir le christianisme johannite, tels étaient le but et les moyens proposés aux Frères initiés.

Le mot d'ordre était donc de devenir riche pour acheter le monde et faire triompher la Gnose. Les Templiers devinrent riches, en effet. En 1312 ils possédaient en Europe plus de 9.000 seigneuries. Par malheur, ils commirent des imprudences qui permirent au peuple de connaître leurs projets qui furent dénoncés publiquement. Le pape CLÉMENT V et le roi Philippe le BEL donnèrent le signal de la répression contre les Templiers, dans toute l'Europe. Un immense coup de filet tomba sur eux et, en 1312 au terme d'un procès rapide le Pape, cédant aux exigences du roi, prononça l'abolition de l'Ordre du Temple. Le 18 mars 1314, Jacques de MOLAY (23° grand Maître) mourut brûlé vif à Paris en compagnie de Geoffroy CHARNAY, Précepteur de Normandie, et 37 de leurs Chevaliers.

Il était impossible d'étaler devant le peuple le plan de la conspiration templière ; cela eut été initier la multitude des gens aux secrets des Maîtres. On eut alors recours à l'accusation de sacrilège. Il se trouva des dénonciateurs pour affirmer, qu'à leur réception initiatique, on les amenait à marcher et cracher sur le crucifix, à adorer le BAPHOMET, image du dieu PAN (il s'agissait, en réalité, de la représentation symbolique et anthropomorphique de signes alchimiques), et embrasser les symboles des 4 éléments.

La conséquence logique de ce programme, sur les esprits frustes et instinctifs, primaires et passionnels, fut une ire vengeresse contre l'Ordre du Temple.

Si l'on en croit Eliphas LEVI, Jacques de MOLAY réussit à créer quatre loges de maçonnerie occulte, du fond de sa prison, à Naples, Édimbourg, Stockholm et Paris.

Le pape et le roi moururent d'étrange manière et après la célèbre malédiction prononcée par Jacques de MOLAY sur eux et leurs descendants. Squin de FLORIAN, principal dénonciateur de l'Ordre, mourut assassiné. En brisant l'épée des Templiers on en avait fait un poignard (kadosh...).

Les Templiers retournèrent dans l'ombre.

Pendant que les guerres de religion ensanglantaient le monde, des sociétés secrètes s'étaient déjà formées en Allemagne. La plus ancienne de celles-ci était la Rose-Croix qui se livrait à l'alchimie. Son symbole était celui des plus anciens métallurges et consistait en une croix à pattes égales comportant, en leur centre, une Rose à cinq pétales. La croix symbolisait le creuset et la Rose la flamme de l'esprit. Dans un très lointain passé on obtenait le feu au moyen d'une croix de bois fixée en terre par quatre fiches. Une « fouette » était creusée au point d'intersection et on y introduisait un morceau de bois terminé en pointe que l'on faisait tourner rapidement, à l'aide d'un fil de liane enroulé deux ou trois fois et relié à un petit arc, tout en maintenant celui-ci par une pierre au-dessus. Le feu prenait alors et on soufflait dessus à l'aide d'un drapeau de paille, pour l'exciter.

L'alchimie est kaïnite sur le plan symbolique ; les constructeurs de cathédrales en ont été les vecteurs occultes (confer : FULCANELLI, « Les demeures philosophales », « Le mystère des cathédrales »), à l'insu des cléricaux qui découvrirent, plus tard, que les cathédrales gothiques étaient des livres de pierre, alchimiques.

La Rose-Croix avait accueilli les dogmes des Templiers et se crut la seule dépositaire de l'évangile de Jean. Il en fut de même au XVIII° siècle pour la secte de Saint JAKIN.

C'est grâce à une confrérie Rose-Croix que s'établit en Angleterre, au cours de la période 1646/1717, la Franc Maçonnerie traditionnelle. Les Rose-Croix se cachèrent au sein de la maçonnerie opérative et lui empruntèrent ses techniques, outils, de manière symbolique et spéculative. Petit à petit les Maçons spéculatifs l'emportèrent en nombre sur les opératifs ; alors ils décidèrent de devenir autonomes. Ainsi naquit la Franc Maçonnerie. La Rose-Croix avait pour but la création de centres de propagation discrète de son idéologie, où seraient formés des membres instruits pour leur ordre et dans le cadre de la gnose johannite.

En 1728, RAMSAY avait institué la fraternité du rite écossais (rite templier) dont le but était de faire de chaque frère un vengeur du temple. En 1772 s'opéra la fusion des néo Templiers, Rose-Croix et Francs-Maçons.

Dés lors, la Franc Maçonnerie se fixa un destin particulier dont la révolution française fut l'aspect le plus tangible (presque tous les grands révolutionnaires comme ROBESPIERRE, DANTON, et cœtera, étaient Francs Maçons). L'exécution de LOUIS XVI fut l'œuvre des néo Templiers.

Ce retour à un certain passé de l'humanité, pour triste qu'il soit, nous ramène à la réalité d'aujourd'hui qui nous interroge encore plus qu'elle ne sait répondre à nos aspirations les plus profondes. Aurions-nous perdu quelque chose d'essentiel qui explique le marasme qui affecte la Maçonnerie, périodiquement, dès lors qu'elle ne sait plus répondre aux besoins du monde moderne ?

La Franc-Maçonnerie de Memphis Misraïm sans bandelettes (1° partie)



La Franc-Maçonnerie de Memphis Misraïm sans bandelettes.



Par Edmond FIESCHI
Hari Hara Ananda


PROLÉGOMÈNES


« Rien de plus beau, de plus parfait que l'urne du feu sacré...
Puisque comprendre, c'est contenir...; que connaître, c'est aimer ».

Parole du Sage


A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.
  

Mes Frères, mes Sœurs, en vos grades et qualités et vous tous, ici présents, et sans lesquels cette réunion digne n'aurait su se dérouler. Merci à vous tous d’être présents, dans la Tolérance, le Respect et l’Amour. Afin que cette solennité soit porteuse d’exemples et de vertus pour l’Éveil des Consciences, au sein d’un monde barbare, illogique et irresponsable qui ne saurait être sauvé, si tant est qu’il le faille, que par une maturation rapide, urgente des Consciences ; nécessité absolue si nous voulons bâtir un monde plus fraternel, plus équitable, voire plus intelligent, tout simplement. Dans le cadre de la mondialisation, avant de parler d’une Europe des États, d’une planète terre des pays, il conviendra de penser à l’indispensable Monde des Consciences. Autrement ce serait mettre la charrue devant les bœufs.
  

Aujourd'hui, je viens donc à la rencontre de nos Frères et Sœurs qui sont avides de l’Amour, de la Connaissance et de la Vérité. A ce propos qu’il me soit permis, en préambule, de citer l’Islam :

Dans un Hadith sacré (Tradition), Dieu dit au Prophète Mohammed :
  

« Quiconque Me cherche, Me trouvera. Quiconque Me trouve, Me connaîtra. Quiconque Me connaît, M'aimera. Quiconque M'aime, aura un grand Amour ('Eshq) pour Moi. Quiconque a un grand Amour ('Eshq) pour Moi, je l'aimerai. Quiconque J'aime, je le tuerai et quiconque Je tue, Je paierai pour son sang. Je suis, Moi-même, le prix pour son sang ».
  

Qu'est-ce que donc que l'Amour ?
  

Selon le Shaykh Mir Husaini Hirawi, « c'est un plongeur dans l'Océan de l'absolu, son navire est l'Esprit ». Mawlana Djalad-Od-Din Roumi dit ceci de l'Amour :

"C'est comme la plume qui était occupée à écrire et qui se réduit en morceaux quand elle arrive à l'Amour".

L’Amour, en effet, est la plus grande Puissance de l’Univers. Cette considération sera donc en filigrane permanent de mon allocution. Sans la lumière du cœur, l’intelligence est inféconde, orpheline et l’adage bantou se justifie :

« La Raison, sans l’Amour universel, est comme un torrent desséché ; inutile. L’Amour universel, sans la Raison, est comme un torrent qui déborde et dévaste tout ; une vraie calamité. »

Cette nécessité se résume en un vocable bien connu en Franc-Maçonnerie : Gnose ; il signifie l’union de l’Amour à la Connaissance. La Gnose est la clef intérieure qui ouvre l’Être à l’Universel. Tous les Francs-Maçons sont concernés et la lettre « G », située au centre de l’Étoile flamboyante, le leur rappelle.

La Franc-Maçonnerie recrute, en son sein, des Maçons ; c'est à dire des Constructeurs. Afin d'éclairer cette formule, un conte symbolique à plusieurs sens s'impose :

Un jour, assis sur un cheval, un Monseigneur HYPER EGO galopait le long d'un chemin poussiéreux, quelque part dans un pays sans nom mais que tout le monde connaît. Voyant un Homme assis à terre, frappant une pierre à coups de marteau et de ciseau, il lui demanda :

« Que faites-vous mon brave ? »
« Je travaille » lui répondit-il ! »
 

Le Monseigneur HYPER EGO continua sa cavalcade et aperçut, quelques mètres plus loin, un second qui frappait fortement sur une grosse pierre à coups de marteau et de ciseau et qu’il jaugeait à l’aide d’une équerre.

« Que faites-vous, mon brave ? » interrogea-t-il.
« Je construis la maison du Maître d’Oeuvre», répondit-il.

Continuant sa route, le Monseigneur HYPER EGO rencontra un troisième Homme qui taillait avec ardeur une énorme pierre et l’évaluait avec les mêmes outils, plus un compas.

« Que faites-vous, mon brave », questionna-t-il?

« Je construis une cathédrale de l’Âme », confia-t-il ! Et il ajouta : « elle sera d’Équerre et de Compas. »

Ce conte s'articule autour du Monseigneur HYPER EGO et de trois volets :

a) Le titre Monseigneur indique une personnalité occupant un rang supérieur sur l'échelle sociale ; le super Ego a, toujours, besoin d’autorité. Du haut d'un cheval, il arpente un pays en s'octroyant le rôle d'interpeller des gens sur son parcours et avec superbe. Par analogie, il s'agit de l’Ego, en 1'occurrence hypertrophié, et qui domine tout ; l’Orgueil. Le cheval désigne l'instinct qui le porte et peut servir le pire comme le meilleur, chez l’Homme.

b) Le premier ouvrier (l’Apprenti) occupe une trilogie. Il déclare simplement travailler. On ne sait pas pourquoi, ni pour qui, mais son labeur est essentiel pour lui ; il se parfait en travaillant et cela aurait pu être n'importe quelle tâche à cet effet ; sa démarche s'apparente à de l’art. Tout travail est intérieur et extérieur à la fois puisqu’il nous grandit, qu’il est Ascèse. Il s'agit, au sens indien du terme, de « Karma Yoga ». Par analogie, nous avons le plan inférieur de la psyché, au travail.

c) Le second ouvrier (le Compagnon) concède construire un édifice pour autrui. Par conséquent, son travail est aussi utile pour quelqu'un d'autre que lui. Il s'agit d'un rôle social. Mais la notion de hiérarchie sociale est avérée ; il ne travaille pas pour n'importe qui, mais pour un Aristocrate du Cœur et de la Pensée et non pas un succédané matérialiste. Par correspondance, nous avons le plan médian de la psyché, l'amour, qui porte à bannir l'Ego au profit d'une autre manifestation de la conscience : le travail social. L’Ego n’est plus sans égal et tous les Ego ont des égaux ; découverte importante.

d) Le troisième ouvrier (le Maître d’œuvre – le Bâtisseur) assure édifier une cathédrale. Là, il s'agit de la Connaissance (Jnana en hindi) qu’éclaire l'Amour (Bhakti en hindi). Par symbolisme nous avons l'étage supérieur de la psyché. En l'occurrence, on peut aussi comprendre la construction de la Cathédrale intérieure de 1'âme.

Avec un même outil et la même matière on peut faire divers travaux, tous différents, qualitativement et quantitativement, selon l'évolution de l'Être. Tous ont leur valeur et aucun est supérieur à l'autre. Chacun est prêt à son heure et qui fait l'ange fait la bête !

Si nous résumions, l'explication globale, symbolique, serait la suivante :

« L’Ego, chevauchant l'instinct de la vie, s'épure par le travail qui est utile pour soi-même, les autres et l’Universel. Car tout est travail, même la méditation, même le non-dessein, le non agir ! L’apparition et 1'Éveil exponentiel de la Conscience sont le Travail ».

Cette allégorie explicitera les motivations de la Maçonnerie, en théorie. Car l'Homme étant imparfait, mais perfectible, les structures et organisations sont de véritables auberges espagnoles où l'on trouve ce que l'on y apporte ! A l'image des églises, temples, organisations, partis politiques, syndicats, et cœtera, les Hommes sont confrontés, sans cesse, à la contradiction entre l'idée, si belle soit-elle, et la faculté à la réaliser. Ce constat est positif ; si nous partons du principe que toutes les idéologies se considèrent, faussement d'ailleurs, comme détentrices de la vérité, il est souhaitable que des théories politiques, par exemple, rencontre des oppositions ; tout comme les Religions et toutes les Idées, tous les Concepts. Ainsi que le constatait le Grand Charles PEGUY : « Il faut, toujours, casser les idées ». Il faut, constamment, un contre pouvoir car la Vérité n'est l'apanage d'aucune institution, d'aucun Homme. Par conséquent, l'ombre est aussi importante que la lumière et l'image du beaucéant, en Loge maçonnique, est explicite en l'occurrence ! La Contradiction est nécessaire, voire indispensable, dans tous les domaines de l'existence ! Autrement aucune avancée ne serait possible.

La Franc-Maçonnerie utilise trois outils fondamentaux :

a) le Compas (l’Esprit).
b) L'Équerre (la Matière, l'instinct).
c) La Règle (le Social, la morale, l'amour).

En principe, l'Apprenti maçon relève du symbolisme du compas couvert par l'équerre et la règle, signifiant ainsi qu'il est encore dans les ténèbres matérielles et que son intelligence n'est pas ouverte à la lumière de la connaissance (laquelle ?). Celle de la Franc-Maçonnerie universelle ? Pas toujours si l’on tient compte de l’existence d’obédiences maçonniques n’obéissant pas à la déontologie traditionnelle comme, par exemple, la sinistre Loge P2 proche du Vatican.

Le Compagnon connaît le compas dont une branche couvre l'équerre ; lui-même revêtu de la règle. Théoriquement, le Maçon de ce grade commence à maîtriser son instinct, son moi égoïste et passionnel, que l’illustre PASCAL considérait haïssable.

Le Maître sait, théoriquement, contrôler totalement son instinct par l'esprit et la règle morale ; le symbolisme du compas couvrant totalement l'équerre, lui-même par la règle, le lui rappelle. L’Esprit, le cerveau, gouverne le bas-ventre et non plus l’inverse ; comme nous le rappellera, sans cesse, l’Arcana Arcanorum de Memphis Misraïm.

Toutefois, dans certaines obédiences, ces notions sont différentes. Ainsi, la Règle peut définir un Code de droit et de devoirs, très spécifiques d'une obédience. Quand il s'agit de Loges Maçonniques, sectaires, ce Code peut s'apparenter à un Code pénal !

Les mots sont comme des clous qui ne deviennent signifiants que par les tableaux qui s'y accrochent. Autrement dit, il convient de se garder des discours et prétentions illusoires derrière le chatoiement hypnotique des sentences. L'Être humain est comme les mouches que l'on attrape avec du miel ; il est manipulable par le verbe et les promesses ! Autrefois, on disait le « baratin ».

La Franc-Maçonnerie, dite spiritualiste, prône l'idée du Grand Architecte de l'Univers; son homologue, dite athée, n'enseigne pas cette notion dont la connotation mystique dérange quelque peu.

Selon le dictionnaire LAROUSSE, nous lisons au mot mysticisme :

« Du latin mysticus, relatif aux mystères. Doctrine philosophique et religieuse d'après laquelle la perfection consiste en une sorte de contemplation qui va jusqu'à l'extase et unit l’Homme à la divinité. Par extension, toute croyance aux interventions surnaturelles ».

Cette explication nous paraît trop sommaire pour la retenir en son intégralité. Les progrès en psychologie permettent une autre approche de la notion mystique. Plus largement, il est essentiellement retenu l'opposition du rationalisme à l'imaginaire à travers des démarches maçonniques ou simplement profanes et qui cohabitent plus ou moins agréablement. Ainsi, pour la psychiatrie, le délire mystique est caractéristique du phénomène religieux et des attitudes en rupture avec le réel, le concret et l'objectif. Certes, on n'enfermera pas un Chrétien croyant en la présence du CHRIST dans l'hostie, tant qu'il ne fera pas de scandale sur la voie publique par un prosélytisme déplacé. Cependant un individu qui s'amuserait à se promener, les bras en croix dans la rue en haranguant les passants sur des idées mystiques, risquerait à tout coup l'internement psychiatrique, d'office. Quant aux politiques scélérates et à ses suppôts, la psychiatrie reste encore muette à ce sujet. Ce constat aboutit à des interrogations quasi dangereuses.

Entre une Maçonnerie rationaliste, agnostique, et d'autres spiritualistes, laquelle a le droit, sur le plan de l'hygiène mentale, légale, à l'existence tranquille ? L'expérience mystique est-elle un objectif de l'évolution humaine ? Cette question est posée à la lumière des critiques qui, sans cesse, frappent l'obédience spiritualiste de Memphis Misraïm, et dont la moindre est l'épithète « para maçonnique », à laquelle s'ajoute le reproche d'occultisme. Certes, il est vrai que presque tous les hauts dignitaires du Rite dit Égyptien réunirent, à la fois :

a) L’Épiscopat gnostique (confer : GNOSE et GNOSTICISME par Edmond FIESCHI - Éditions A.C.V. à Lyon (Rhône).
b) Le Réaux Croix de Martinez de PASQUALLY plus le Martinisme.
c) Le 95° de Memphis-Misraïm.

Cette quasi « orthodoxie » est valable depuis PAPUS (alias Docteur Gérard ENCAUSSE) et s'est maintenue jusqu'à feu Robert AMBELAIN (Grand Maître mondial de l'Ordre de Memphis-Misraïm). A cela il convient d'ajouter la Rose croix d'Orient de Georges de BOGE de LAGREZE et le 66° degré, parallèle à la hiérarchie purement administrative. Est-ce à dire qu'il s'agit de délire mythomaniaque, comme s'interroge René WITHZARD en son opuscule : « Un siècle de maçonnerie égyptienne - Éditions A. C. V. à Lyon (Rhône) » :

« Car comment restituer sa dignité à une maçonnerie où se retrouvèrent tourneurs de guéridon et cartomanciennes fin de siècle, ou à l'inverse comment accorder créance à l'occultisme et ne pas basculer dans l'irrationalité et la superstition sectaire que la rigueur maçonnique récuse avec raison ? »

Les progrès, en matière parapsychologique, dans les laboratoires secrets de Services spéciaux, démontrent que les 8/10ème du cerveau, endormis, recèlent des facultés paranormales. Et, à moins d'être un expérimentateur avéré en ce même domaine, il n'est pas valablement possible d'en disserter. Un Victor HUGO fut un praticien de la « table tournante », sans que son esprit eut mal tourné néanmoins ! Ce ne sont pas les miroirs fêlés qui portent malheur mais les cerveaux qui le sont. En outre, les égrégores sont une réalité.

Le Rite de MISRAÏM serait né vers 1740, en Italie. Sous les coups d'une impitoyable persécution autrichienne, en Italie, ce rite émigra en France. Étienne MARCONIS de NEGRE, vers 1815/1838, crée sur cette base un autre Rite de MEMPHIS comportant, outre les substrats occultistes, des données templières. YARKER réunit les deux Rites en 1872 et remet à GARIBALDI la haute direction du nouveau Rite en 1881. PAPUS (fondateur du Martinisme) en prendra la tête vers 1908 ; à sa suite se succéderont TEDER (alias DETRE - Martiniste), Jean BRICAUD (Évêque gnostique, Réaux croix et Martiniste), Constant CHEVILLON (idem), Henry DUPONT, Robert AMBELAIN (idem).

A l'orée du troisième millénaire, le Rite de Memphis Misraïm connaît des soubresauts évolutifs pour s'adapter aux nécessités du monde moderne. Face à la mondialisation, la Franc-Maçonnerie n'est pas étrangère à l'Humain et à l'humanisme.

L'observation de notre monde aboutit à un constat : l'évolution a été et reste lente ; elle se traduit essentiellement par la souffrance à l'égard du milieu qui n'est pas toujours porteur. Ce n'est qu'après avoir approfondi la compréhension de la nature humaine, tant sous ses aspects scientifiques que spirituels, que l'on appréhende la mystique comme une composante, non pathologique, de la psyché dans la mesure où elle se dégage de la notion de secte et ne comporte aucun danger pour soi même et l'environnement. L'intégration de l'intuition mystique, créative, peut permettre la découverte d'une spiritualité dégagée des dogmes religieux, donc d'une pathologie, et qui constituent de faux savoirs.
La spiritualité la plus saine est non dualiste, bien que duelle ; celle de la sagesse indienne par exemple. En somme tout ce qui coupe la relation intime, avec notre Être profond, est pathologique et, à ce titre, certaines organisations spirituelles peuvent devenir un danger d'ordre sectaire si l'on n'y prend pas garde. Là encore tout est question d'Hommes... Les valeurs qui entravent l'épanouissement intérieur de l'Homme, de chaque Être, en toute liberté intérieure sont à éradiquer car elles sont fausses !

La notion de relation au divin est plus propre au mysticisme qu'à la science proprement dite. Ce n'est que si les épreuves de la vie amènent à toucher au plus profond de soi-même que la raison flirte avec la spiritualité et la mystique. Au fond, la spiritualité ne pourrait bien être que le rapport symbolique de l'Être avec l'Universel, à travers une recherche qui, sous certains apparences pathologiques, c'est-à-dire en rupture avec le réel, le concret, inaugurent une étape évolutive, d'abord abstraite ; l'imaginaire se tendant vers ce qui est absent en une espérance surréelle. Par analogie, les grands penseurs indiens, qui inventèrent le zéro, purent passer pour des malades mentaux, à priori ; mais ce chiffre conduisit à l'invention de l'algèbre et aux mathématiques modernes.

La notion du zéro, le néant, le rien, intervint grâce au silence mental et à l'activation de certaines zones endormies du cerveau. Dans le silence de la méditation profonde, l'Homme échappe à son milieu et vogue vers des océans de l'infini.

Quand il revient à l'état normal, son système cérébro-spinal élabore des concepts afin de rationaliser des expériences ressenties hors temps et espace; ainsi le zéro fut symbolisé par le cercle qui résume l'absence, ou plus précisément la « présence à l'absence ».

En effet, concevoir « rien » revient à en être conscient ! Revenu sur « terre », le méditant redevint le sujet de son nouveau concept devenu objet; il le rendit alors signifiant ! A preuve ? Le zéro n'a de valeur que par rapport à un signe (le un, le deux, et cœtera), le méditant à l'origine. De l'abstraction la plus totale on passa au concret, par adaptation mentale. Par conséquent, une nouvelle conception de la spiritualité s'impose, de nos jours.

Héraclite avait dit : « On ne se baigne jamais dans la même eau du fleuve ». Autrement dit, et en corollaire, ce n'est jamais le même baigneur qui se coule dans l'eau du gave. Cette évidence ruine, à jamais, tout intégrisme, tout fanatisme, toute cristallisation du savoir. Les traditions, initiatiques, maçonniques, et cœtera, constituent des moments historiques de l'Évolution universelle.

Vouées à la disparition, elles seront remplacées par d'autres « vérités », tout aussi mortelles, qui jalonneront l'immense Illusion des mondes sensoriels. Ces constats mènent au refus de toute pétrification de la pensée à travers des enseignements spirituels, mystiques ou athées et agnostiques, fossilisés, sous l'égide de Maîtres, grands ou petits, qui peuvent entraver la liberté et l'autonomie. Ainsi, les obédiences initiatiques ont et auront un vaste problème à résoudre devant l'avenir en ce contexte. Aussi se trouvera posée, notamment, la question des hauts grades dans la Franc-Maçonnerie de MEMPHIS-MISRAÏM à la lumière de ce qui précède.

Lorsque le SOUVERAIN SANCTUAIRE publia, en 1938, la CONSTITUTION et les Règlements Généraux de MEMPHIS-MISRAÏM, sous la plume de Constant CHEVILLON (33ème, 90ème, et 96ème), du S G M Général, Henri DUPONT (33°, 90° et 95°) et Grand Administrateur ; du Grand Chancelier, R. FRUCTUS (33°, 90° et 95°), ceux-ci avaient été débattus en Loge le 21 janvier 1929. A cette époque Jean BRICAUD était Grand Maître Général (33°, 90° et 95°).

D'après le texte de cette CONSTITUTION, plusieurs éléments fondamentaux s'avérèrent :
 
a) L'Ordre Maçonnique est partagé en différents Rites qui, bien que divers, tendent tous vers le même but.
b) Le Rite de Memphis-Misraïm respecte l’indépendance des autres rites et entend que la réciproque agisse à son égard.

L'échelle maçonnique du rite de Memphis-Misraïm a 95 degrés, divisés en quatre vingt dix degrés d'instruction et cinq degrés officiels. Il existe en plus un 96° degré réservé aux Grands Maîtres Généraux et un 97° degré, apanage du Souverain Grand Hiérophante du Rite.

Les degrés d'instruction conférés par le rite sont divisés en trois séries qui constituent :

a) Du 1er au 3ème degré, la maçonnerie symbolique (loge bleue).
b) Du 4ème au 33ème degré, la maçonnerie philosophique.
c) Du 34ème au 90ème degré, la maçonnerie hermétique ou occulte.

La maçonnerie symbolique étudie la morale, donne une explication du symbolisme et dispose les commençants à la recherche philosophique.

La maçonnerie philosophique enseigne la mesure de l'histoire ainsi que les mythes et politiques de l'antiquité. Son objet est de pousser à la recherche des causes et des origines.

La maçonnerie hermétique s'occupe de haute philosophie, étudie les mythes religieux des différents âges de l'humanité et admet le travail philosophique occulte le plus avancé et le plus sublime. Il n'y a donc aucune barrière idéologique, à priori, à l'étude exégétique.

Par conséquent, il est clair qu'un Maçon authentique doit réunir les qualités de tolérance fraternelle et de curiosité intellectuelle la plus aiguisée. Les divers corps institutionnalisés s'articulent tout autour de cette nécessité ainsi résumée :

« Les Maçons ont pour mission de s'efforcer, avec l'aide des connaissances gnostiques, hermétiques, ésotériques, scientifiques, philosophiques d'établir une fraternelle harmonie qui sera bénéfique, non seulement pour l'Ordre, mais pour l'humanité entière. »

Lourde responsabilité, surtout quand on sait qu'il y a souvent une contradiction entre l'idée, si belle soit-elle, et la faculté à la réaliser ! Et ce sera ce constat qui gouvernera notre analyse, tout le long de notre présent ouvrage. Nous incitant ainsi à la plus grande humilité.

L'Ego peut s'enflammer facilement à l'idée d'une supériorité hiérarchique, alléguée, dont la conséquence négative peut être constituée par une maladie bien connue : la « cordonnite ». L'état de conscience des Maçons les préoccupe des exigences de leur mission ; car ce sont des Hommes de conviction confrontés au temps qui passe.

Aucune Religion n'est supérieure à la vérité et la pire des vérités vaut mieux que le meilleur des mensonges, même par omission ou limitation. Ce n'est pas respecter l'intégrité d'autrui que de lui mentir ! D'autant plus que la Vie est terriblement courte et que nul n'a le droit de « diriger », « gouverner », les consciences à travers une forme d’hypnose tout en exigeant, d’autrui, plus de vertus que l’on n’est capable d’en démontrer l’exercice personnel. Les soit disant « Meneurs d'Hommes » auraient meilleure tâche à faire en se libérant eux-mêmes de leurs propres illusions égotiques. Mais le problème est bien plus vaste.

Les Humains sont des êtres perfectibles. Aussi, et avant d'être tenté par une trop grande sévérité à leur encontre, et qu'auraient expliqué les contradictions qui s'avéreront plus loin, il faut retenir la grandeur et la misère, humaines, sur la terre. Nous sommes tous des « Cherchants », des « Souffrants » et des « Persévérants », avec nos faiblesses et nos forces aussi ; mais toujours animés par une pulsion cosmique qui, échappant à la plupart des humains, existe néanmoins : l'Évolution Universelle de la Conscience. Ce constat ne peut être valable qu'à la condition de ne pas s'enfermer dans un formalisme, facile ; à la différence du « cochon blême », cher à BOUDDHA, et qui refusait de comprendre, retenons ce que pensait le grand PASCAL :

« En savoir plus long n'est pas en savoir plus, connaître le tout de la réponse. Or, on ne connaît le tout de la réponse quand il n’y a plus de question, mais cela n'arrive jamais car toute réponse soulève de nouvelles questions, sans parler du fait qu 'il y a aussi entre les réponses un état de guerre qui fait que les unes s'opposent aux autres et personne ne peut trancher ».

Et pour cause ; à condition d'en être conscient. Car la plus terrible épreuve que l’Homme connaît, sur notre Mère la Terre, est l’Ignorance. La vie, notre existence sont d’une redoutable pédagogie : elles nous soumettent, d’abord à l’épreuve, à l’examen, et ne nous apprennent la leçon qu’après. Exactement comme si l’on devait subir les épreuves d’un Doctorat en médecine sans être passé par l’Université au préalable. Terrible condition que celle du Vivant ! Dantesque. La condition humaine nous impose d’être conscient, en permanence, de la Responsabilité de nos actes, pensées et sentiments ; c’est le tribut à payer pour l’Évolution et la Réalisation de la Conscience du SOI. Évoluer c’est être responsable de manière exponentielle, devant le pire des gendarmes qui ait pu exister : notre Conscience profonde d’Être face à la possibilité de détruire, pour détruire, par inconscience des réalités contingentes et de la Réalité exponentielle. Il n’y a pire juge que soi-même. Personne n’y échappe. Du plus petit au plus grands des Êtres. Nous n’avons pas ce que nous méritons ; nous avons ce qui nous ressemble. Un Franc-Maçon véritable doit se le rappeler, sans cesse, à chaque minute d’éveil en un contrôle permanent de son comportement dans la vie sociale et individuelle. Ainsi qu’aimait à le confier le grand Psychanalyste LACAN :

« C’est, souvent, au nom du bien que le Mal est fait car, derrière l’Ego, se cachent souvent de troubles et obscurs desseins ».

Tel, croyant servir une idée du Bien, cherche inconsciemment à satisfaire son Ego, qu’il veut sans égaux. Par orgueil ou vanité, on peut chercher le succès de ses idées plutôt que de ne pas faire de mal. Car, il est beaucoup plus aisé de faire ce que l’on croit « bien », que de ne pas faire de mal ! Chaque acte a des répercussions insoupçonnées ; positives et négatives. D’où la nécessité de débattre à plusieurs avant de prendre une décision ; quelle qu’elle soit ! C’est l’enjeu de la démocratie. Personne n’est détenteur de la Vérité. Tout le monde y participe.

En ce contexte, la Franc-Maçonnerie moderne est comme un ressac vers le futur dont il nous appartient d’être contemporain, c’est à dire acteur. Le triomphe de la raison s’inscrira dans la logique de la Maçonnerie Universelle dont les initiateurs nous avaient légué leurs principes dès le commencement, et au sein de laquelle l'obédience de Memphis Misraïm est partie intégrante, par nature. Principe de l’élémentaire tolérance puisque l'unité est dans la complémentarité et non pas dans l’uniformité.

Mais quelles sont les origines de la Franc-Maçonnerie, en dehors des thèses qui abondent, évidemment, mais dont la crédibilité varie en fonction de leurs auteurs ?


"Initiations à la lumière d'Orient" (Etude sur la Gnose interdite) par Edmond FIESCHI, publié aux Editions A.C.V. à Lyon (Rhône) - France.